Arrivée dans mon établissement, je me rends compte que mes vêtements ont un sens aujourd’hui que je n’ai consciemment pas cherché à leur donner. Le slogan du t-shirt, l’imprimé de l’écharpe qui enserre ma gorge enflammée, proclament une identité, une appartenance, celles de mon village, si petit soit-il. Dans ce collège qui m’a malmenée vendredi, qui m’a demandé qui j’étais tout en me poussant en première ligne d’un conflit qui n’était pas le mien, une part de moi a cherché à afficher ses racines. Pensez donc de moi ce que vous voulez, je suis celle-là, je sais d’où je viens. Brouillez mes esprits quelques heures, je retrouverai mes racines, mes principes, mon dogme – qui n’a rien de religieux. Faites moi doutez, j’y reviens. Et aujourd’hui, je suis colère refroidie, je suis moi et moi seule et je vous affirme qu’au-delà du camp ou du clan auquel chacun prétend appartenir, il y a des individus et si être signifie contre le reste de notre petit monde, ce le sera car je sais qui je suis dans mon travail, et que vos accusations, vos assertions, vos sous-entendus ne me feront pas revenir là-dessus.

3 réactions

  • 1De lullaby – 22/09/2014, 11:04
  • Voila un petit article bien sibyllin… Je ne sais pas ce qu’il s’est passé vendredi, je ne sais pas ce que disent ton t-shirt et ton écharpe, mais ce que tu dis ici est très clair en tout cas, et très beau. Ca soulève néanmoins chez moi quelques interrogations de type philosophique, qui peuvent se résumer à « l’identité est-elle vraiment immuable ? » mais là n’est pas le propos, à moins que tu aies un avis sur la question !
  • 2De Lizly – 26/09/2014, 08:31
  • @Lullaby : Je n’expliquerai pas vendredi dernier, pas en ligne, pas publiquement. Le t-shirt commémore un événement festif et sportof qui a lieu tous les ans dans mon village, très lié à la culture de la région, l’écharpe, un animal qui est « protecteur » de l’endroit.
  • Je pense que l’identité évolue, influencée par le vécu, la construction individuelle et collective. Mais je pense qu’on n’efface pas les différentes étapes de cette évolution, on les empile et les compile, on les combine. Quoiqu’il arrive, je suis de ce village. Je ne suis pas obligée de l’arborer, bien entendu, on peut rejeter ce genre d’héritage. Mais ce rejet constitue également une part de son identité.
    Je voudrais ton avis à toi !
  • 3De lullaby – 30/09/2014, 15:59
  • Eh bien je n’ai pas un avis tranché, disons juste que je réfléchis à la question. Je pensais jusqu’à présent que l’on était faits d’expériences, de passé familial, d’éducation, d’épreuves, d’origines, etc. Et que parmi ces différents éléments, certains (tous ?) étaient des piliers fondamentaux. Or, avec les surprises que révèle parfois la vie, j’en viens à me demander jusqu’à quel point certains de ces aspects sont fondamentaux. Je sais, même la question en elle-même est un peu nébuleuse, alors y trouver une réponse !!!

Nommer

Je déjeune seule. Celuiquej’aime n’est pas là, contraint de rejoindre la Capitale pour une échéance qui ne souffre ni report ni délai, grève aérienne, grossesse ou non. Il devait être rentré mais Air France, Transavia, la défense des droits. Je n’arrive pas à en vouloir aux pilotes, ils ont raison de se mobiliser. Même si je déjeune seule. Puis on a trouvé une alternative, ferroviaire, il sera là une nuit de moins mais rentré pour notre rendez-vous à tous les trois.

Je rêvasse, Morning Tea Time, en souriant aux premiers mouvements du bébé dans cette nouvelle journée. France Info parle d’un chanteur. Par association d’idées, j’arrive à Snoopy sur son toit en V inversé, Charlie Brown sur sa butte de lanceur, Linus et sa couverture, Lucy flirtant sans finesse avec Shroeder à son piano, Peppermint Patty et sa franchise brutale, Sally tenant précieusement sa carte de bibliothèque, et Woodstock au langage dessiné qu’on ne pourra jamais mettre en son. Le petit univers de Schulz s’invite à ma table.

« Si c’est un garçon, je l’appellerais bien Peanuts, sur le blog, tiens ». J’aime le son, j’aime ce que j’y associe.

Il va falloir étirer la journée jusqu’à 17 heures. Retrouver l’Homme devant le cabinet. Retrouver l’Homme et aller voir notre bébé. Savoir comment il va, comment il grandit. Savoir s’il ou elle. S’île ou aile. Cil ou sel.

Étirer la journée, la remplir, l’occuper, la tête à l’horloge, l’attention à mon ventre. C’est une journée qui lui appartient toute entière, je la lui donne.

Au fond de mon bol, je retrouve le mot que je cherchais : performative. La fonction du verbe qui produit l’action quand il est dit. Comme promettre. Ou baptiser.

L’Homme est rentré. Par SMS, j’ai suivi les étapes, les gares, les haltes et le temps long. A deux pas du cabinet, des animaux à vendre derrière des vitres. Plusieurs passants miiiient devant un chaton gris qui semble chasser sa propre queue. Moi je craque pour un tigré qui, en boule, hausse un sourcil irrité à l’adresse de son ostentatoire camarade de cellule. L’Homme me gratifie à peine arrivé d’un « non, on ne prendra pas un chaton ! » plaisantin.

Une heure plus tard, je ne penserai même pas à jeter un regard à la vitrine.

On a vu notre bébé. Il est grand. Il va bien. Il bouge, cache son visage et attrape son pied avec sa main.

Et on pourra l’appeler Peanuts sur ce blog.

Sixième mois, reste quatre.

3 réactions

  • 1De Anna – 18/09/2014, 09:06

    Je suis heureuse de votre bonheur. Et nommer est très important !

  • 2De Little wild lily – 22/09/2014, 11:14

    T’arrives à m’émouvoir avec tes phrases, tes silences, tes jeux de mots…

  • 3De Lizly – 26/09/2014, 08:21

    @Anna : <3<3 Il a des noms, plusieurs, qui restent entre nous. Il a son prénom, aussi, sans doute. Il s’appelle « notre fils », de plus en plus, et ce nom là à un poids merveilleux.

    @Little wild Lily : Oh merci, ce compliment me touche énormément !

« Qui s’offre encore le temps de s’offrir des détours »

J’ai repris le boulot il y a une semaine et des castagnettes. Cette rentrée est vive, très vive, bien plus vive que les précédentes.

J’appréhendais ce retour au travail, je ne savais pas comment je serai professeur et enceinte à la fois, mai et juin ayant été malaisés de ce point de vue. Et les réponses sont venues seules, éclairant d’elles-mêmes les questions sur lesquelles je n’avais pas forcément mis de mots.

Le rythme n’est pas le même et je ne m’oublie plus de la même façon entre les sonneries qui ouvrent et closent mes journées de travail. Sous mon nombril, les mouvements me rappellent à moi-même. Et ce déséquilibre que je connais et dont ma vie est faite, je le regarde s’effacer de lui-même. Chaque chose prend une place. Comme ce lit format bout de chou commandé cette semaine après moult discussions. Place physique ou non. Plus je donne de temps à d’autres, mieux je nidifie.

Après ces mois d’été centrés sur mon noyau, je me renoue avec le monde et l’extérieur de cette bulle que je découvre pouvoir déborder sans qu’elle n’explose forcément.

Non, mes journées ne sont pas vides de fatigue et encore moins de contrariétés. Je m’agace et m’énerve, toujours, sinon ce ne serait pas mon travail ou ce ne serait pas moi. Mais à côté de cela, il y a la bouche de J. qui s’arrondit d’un O muet pour se transformer en un énorme sourire et un éclatant « Madame ! Félicitations ! » Il y a les fou-rires que je pique seule face à ceux qui ne voient rien alors que je suis toute en ventre. Il y a les nouveaux qui découvrent le CDI et le « T’as vu ? C’est trop bien le CDI ! » que M. chuchote à A. en sortant pour la première fois. Il y a les anciens qui arrivent en courant, présentent des excuses à mes gros yeux mais « c’était trop long deux mois, Madame ! » et que dire alors ? Il y a les automatismes rouillés et ceux qui, à l’inverse, semblent renforcés par l’absence de pratique. Et dans ces journées qui s’étirent longuement et sur les todolists desquelles certains tirets réapparaissent depuis le 1er septembre, le plaisir de ce métier que j’aime exercer. Mettre en place des choses tout de même et s’occuper de remplir un panier de commande plutôt que de s’atteler à l’urgent.

Mon métier et ses émotions, à qui qu’elles appartiennent, les vécus qui le transpercent, les histoires que l’on côtoie, tous ces individus qui font mon travail, sont une ancre. Ils tirent au boute pour me rappeler que si mon utérus est au centre du système solaire, d’autres planètes et astres y gravitent.

Et cette danse des éléments de ma vie n’essuie aucun faux pas. 1, 2, 3, 1, 2, 3…

Note de bas de page :

– Moi qui n’aies jamais su valser…

– Pix : Archives fédérales allemandes

2 réactions

  • 1De Anna – 11/09/2014, 14:08

    Jolie référence, et jolie danse, on la voit presque !

  • 2De Lizly – 17/09/2014, 09:00

    @Anna : :-*