Fin d’année

Cette fin d’année est pénible.

Je l’habite râleuse, irritable, irritée, sans concession.

Les élèves, de CDI, mes tâches documentaires et d’enseignement, ne me coûtent pas plus qu’à l’ordinaire. Quelques sous, peut-être, taxe à la fatigue, impôt de la fin juin. Mais tout le reste, la commande à contre-temps, les collègues avec leurs desiderata que je trouve illégitimes, les pratiques, les piques, l’oppressence…

Ce matin, dernière semaine de cours traditionnellement allégrement désertée par nos jeunes troupes, plusieurs collègues ont fait le mur. Discrétion à l’ordre du jour, certains ont missionné d’autres profs. D’autres ont opté pour soudoyer (ou menacer ?) leurs élèves. Une semaine de vacances ou presque, aux frais du contribuable M’sieursdames, qui ne sera pas sanctionner.

Comment ne pas s’offusquer ? J’accepte les recettes, si vous en avez.

Inatenduement efficace, je me suis faites avoir par ma propre gestion du temps. Demain midi, 16 heures au plus, j’aurais fini ce que je voulais boucler cette année. Tête dure, je refuse d’allonger le programme alors qu’il me restera deux bonnes journées à remplir. Journées que je n’imagine pas sécher, non, même s’il faut passer le temps en lecture, activité que je m’interdis dans mes journées pros, d’ordinaire. Faire acte de présence, accueillir les élèves, et jouer au jeu des trônes… Pourquoi pas ?

Cette fin d’année est trouble, ne ressemble pas aux autres. Carence d’ambition ou excès de productivité ? Je ne sais pas, me cherche un peu. Ce CDI, je le connais peut-être un peu trop bien, j’y ai peut-être trop d’habitude.

J’ai besoin de cette coupure d’été, d’un temps vert qui m’éloigne de ces murs, de ces préoccupations, là où ma vie personnelle secouée a échoué. Besoin de parenthèses, de suspension. Besoin de ponctuation dans ce métier et dans ma façon de l’exercer. Besoin de vacances, tiens, tout simplement.
Note de bas de page :

– Beaucoup de choses tournent. L’écriture gestationne. Ça va venir.

Suspension (4)

… dit qu’on a commandé une nouvelle voiture. Oui, vous avez le droit de penser « encore ! » et « déjà ! » Mes rapports aux concessionnaires ont tellement évolué en 6 ans que je trouve ça flippant. C’est une bonne chose, ce changement. Ce qui est triste, c’est la manière dont on le finance, il y a toujours quelque chose de triste à…

… de longues conversations par textos avec mon frère, c’est chouette parce que…

… a eu 4 semaines de vacances, ce dont on n’a pas pu bénéficier depuis longtemps. Maintenant, reste à savoir comment on les rempli mais on a des idées du côté de…

… ouvert un compte sur Ask (), en bonne brebis suiveuse que quelques toons au féminin de ma TL. Le concept est sympa mais frustrant quand on ne reçoit pas de question et qu’on se limite à celles que le hasard du…

… bouffer par les moustiques alors j’ai…

… ne comprends rien à ma dernière fiche de paie. Cela dit, les autres mois, je ne comprends pas plus mais quand le montant est différent, j’aimerais…

… dessiner des croquis que j’ai en tête, peut-être ressortir mes aquarelles, et lire, lire, lire, sans doute écrire, je ne sais pas encore mais juillet…

… retiens bien mieux que je m’en croyais capable les infos concernant la coupe du monde de foot. Limite, on pourrait croire que ça m’intéresse. Mais…

… six cents six scies scient six cents six saucisses aussi » avec…

… trouve ça chouette d’offrir un bonnet de bébé avec la faucheuse des Sons of Anarchy, comme Abel, le fils de Jax, dans les épisodes du début mais je ne sais pas comment les parents…

… de Mistinguett dans la tête, pas merci la télévision, surtout un titre aussi macho parce que, bon, les…

… boire dans les 3 litres d’eau par jour et je ne parle même pas des autres boissons. Je propose un système de tickets numérotés pour accéder aux toilettes du…

… fin d’année s’étend à n’en plus finir. Si seulement je pouvais boucler mon bilan de fin d’année demain, je me sentirais soulagée d’un gros morceau et pourrais enchaîner sur…

… projet à l’année comme celui-ci, c’est pas pour tout de suite, il faut que j’ai le temps d’oublier le mauvais pour me concentrer sur le positif. En tout cas, je…

… pas comment commencent et terminent ces phrases mais je vous assure que…

Note de bas de page :

… sinon…

4 réactions

  • 1De Anna – 29/06/2014, 17:09

    Pour le bonnet et les parents, en parler avant ? Sinon, j’aime toujours autant tes mots.

  • 2De lullaby – 30/06/2014, 15:38

    Juste un petit mot pour te dire que quand je suis arrivée en Mongolie avec mon ordinateur tout neuf, j’ai refait ma liste de favoris. J’ai pensé à certains tout de suite, d’autres ont mis plus de temps, certains sans doute ne me sont même pas encore revenus en mémoire. Tu as indéniablement fait partie des premières (avec le blog de Betty et celui de Punky B, c’est pas rien quand-même ! 😀 ) Depuis, je consulte ton blog tous les jours, parfois même plusieurs fois par jour ! Je ne sais pas si tu le vois dans les stats, mais si oui, tu peux vérifier ! Tout ça pour te dire : tu veux pas bloguer plus souvent, dis ? Allez, steplééééé !

  • 3De Lizly – 30/06/2014, 19:20

    @Anna : C’est ce qu’on fera mais c’est dommage pour l’effet de surprise. Et merci, pour les mots <3<3

  • 4De Lizly – 30/06/2014, 21:06

    @Lullaby : rooooh ! <3<3 Je vais faire des efforts mais tu sais que j’aimerais te lire un peu plus aussi :-DD

Remise en question

En triant mes notes, je suis retombé sur ceci, écrit en conseil de classe il y a quelques jours. Je trouve qu’il y a quelque chose dans ce texte griffonné sur un coin de table alors je partage.

« Elle commence son intervention en exprimant clairement qu’elle n’a pas aimé travailler avec cette classe, combien elle entrait dans la salle à reculons. Elle enchaine sur l’attitude des élèves, guirlande de critiques qu’elle leur ferait porter en collier, en laisse. Sans remise en question aucun. Mais demande-toi, demande-toi… Qui doit prendre plaisir ? Qui doit le provoquer, ce plaisir ? Comment peuvent-ils en prendre si tu entres déjà dans la salle roide et braquée, défiante et méfiante, rigides et… frigides ? Tu es blasée, fanée, bouchée, brisée de l’enseignement, cassée de ce métier, dans toutes nos conversations, toute l’année, depuis ton arrivée. La seule classe que tu daignes tolérer, c’est celle sur qui le professeur principale fait régner une terreur implacable. Celle classe qui est tétanisée et explose épisodiquement, hors cours mais dans la faille rare d’un espace de liberté qui devrait être précieuse. Là, oui, tu estimes travailler bien, enseigner bon, quand aucune réaction, quand tétanie, quand pas de manifestation. Mais merde, tu n’as donc pas compris qu’ils sont vivants ? Qu’ils sont bien quand ils parlent, quand ils pensent, quand ils ont un avis, quand ils vivent, quand ils sont des personnes, des gens, qu’ils ont des opinions ? Mais tu n’as donc pas compris que ton plaisir passe après le leur ? Tu n’as pas compris que c’est toi l’adulte ? Tu n’as pas compris quel est ce métier que tu exerces pourtant, tu aimes à nous le rappeler, depuis longtemps ? Ou alors est-ce moi qui ne comprend rien… Je veux bien y réfléchir. Mais je t’avoue que mon ignorance, si elle est, je la trouve belle. Belle et bonne pour mes élèves, pour nos élèves, même ceux auprès de qui je travaille sans réel plaisir. »

Notes de bas de page :

– Non, ça ne m’a pas empêché d’écouter le conseil et d’y participer mais ça m’a retenu d’envoyer péter ma voisine de droite, assise elle-même à côté des représentants élèves qui ont essuyé pendant plus d’une heure ses remarques crachées à la salle ou marmonnées à son entourage immédiat pourtant peu réceptif. « Alors, tu vois où elles nous ont menés tes ondes négatives ? »  

En cette fin d’année, trois de mes collègues balancent régulièrement aux visages de l’équipe leur grande expérience comme garant à elle seule de la véracité et la fiabilité de tous propos qu’ils pourraient tenir ensuite. Si les collègues en question n’étaient pas figés dans des schémas pré-construits dans lesquels ils font entrer toutes les classes et peu importe si la réalité déborde ici ou là, je crois qu’on pourrait apprendre d’eux. Si…

– Puis je suis peut-être pas une prof pleine de longues années d’expérience mais exprimer devant des élèves, délégués oui mais élèves, pré-ados de 11 ou 12 ans, un bilan de mon travail en matière de plaisir que j’ai pris ou pas et des sentiments d’amour que m’inspirent les individus de la classe, je ne le fais pas et je suis certaine que l’expérience continuera de me donner raison en la matière. Je ne suis pas payée pour les aimer. Même c’est un bonus que j’accueille à bras ouverts et sans lequel ce boulot deviendrait profondément triste.

5 réactions

  • 1De Floh – 20/06/2014, 14:04

    Dis, tu viens vivre ici? Non parce que vraiment, du fond du coeur, je prie pour que ma fille tombe sur une prof comme toi. Une qui a tout compris, et qui saura lui faire aimer la lecture, l’apprentissage, la curiosité….Ce ne sont pas des mots vains, juste des mots maladroits pour t’exprimer toute mon admiration, toi qui sais maintenir la lueur, la flamme et l’envie au milieu des critiques et des blasés, toi qui tiens un discours qui fait tant de bien et qui me fait dire que tout espoir n’est pas perdu dans l’éducation nationale et que ma fille a des chances de tomber sur des profs comme toi…
    Je t’embrasse très fort
  • 2De Shaya – 20/06/2014, 18:55

    Les gens blasés de leur travail, la plaie absolue surtout quand ledit travail implique d’être en contact permanent avec d’autres humains.

  • 3De Lizly – 22/06/2014, 11:04

    @Floh : Je te renvoie la question : et toi, c’est quand que tu viens vivre ici ? :-D
    Pour ta fille, je te rassure, je suis loin d’être le seul spécimen de l’espèce et si je parle plus des collègues qui m’exaspèrent que des autres c’est parce que… euh, je suis une râleuse indécrottable ? :-*@Shaya : Exactement ! En particulier des personnes sur lesquels on a une forme de « pouvoir » comme dans ton métier ou le mien, même si ça se traduit de manière différente.

  • 4De Anna – 23/06/2014, 13:26

    Je suis tellement d’accord avec ton dernier paragraphe que j’ai limite envie de l’encadrer, tiens.

  • 5De Lizly – 24/06/2014, 13:56

    @Anna : :-)

Awardisée

Gribouilles de Doc m’a décerné un Liebster Award et ça c’est carrément la classe parce que :

1 – Je ne savais même pas que Gribouilles de Doc me lisait. Et ouais. Et si vous, vous ne la lisez pas, vous devriez. Elle croque les morceaux de son quotidien de profdoc avec beaucoup de justesse et c’est un des rares blogs de collègue que je lis en me disant à chaque fois « Mais c’est exactement ça ! »

2 – Elle a choisi mon blog à moi le mien qu’elle a associé à d’autres blogs de profdocs et attention, y a du niveau ! Je me sens un tantinet comme l’imposteuse de la liste mais c’est sans doute mon côté « Non mais j’ai pas un blog de profdoc, c’est un blog sur ma vie à moi » qui me fait oublier que dans ma vie à moi, je cause souvent de mon métier.

Maintenant, je me dois de relever le défi :

– Répondre aux 11 questions de Gribouilles de Doc

– Vous révéler 11 choses sur moi

– Vous proposer de découvrir 11 blogs

– Poser 11 questions aux 11 blogueurs et blogueuses que j’aurais nommés

Au boulot.

Voici les questions (et mes réponses) posées par Gribouilles de Doc :

Le livre que vous êtes en train de lire ou le dernier que vous avez lu ?
Je viens de terminer Les blessures invisibles de Nicholas Evans. Une petite déception, j’avais été tellement emballée par tous ses autres titres… Celui-ci, je n’ai pas aimé la construction, le propos m’a laissée assez indifférente. Dommage.
J’ai enchainé sur Les Terribles aventures du futur Capitaine Crochet de J. V. Hart, littérature jeunesse non pas emprunté au CDI, pour une fois, mais offert par une élève à son départ de l’établissement. Je suis assez mitigée sur le début. J’attends de voir où l’auteur veut nous emmener. En revanche, je peux déjà dire que je trouve ça très maladroitement traduit.

Votre livre préféré ?
Un seul, c’est impossible. Le prochain que je lirai, peut-être ? Toujours !
Je peux donner le livre que j’ai le plus lu : Sara le Farouche de Julie Johnston, du début à la fin de mon adolescence. L’histoire d’une ado canadienne ballotée de familles d’accueil en familles d’accueil et qui rêve d’avoir 16 ans pour gagner sa liberté et aller se retirer dans le Grand Nord. Mais ça, c’est sans compter sur la dernière famille qui l’accueille et saura l’apprivoiser doucement. Et quelques autres rebondissements. Je ne l’ai pas lu depuis quelques années. J’avoue que j’ai peur de trouver ça mauvais avec mon regard d’adulte.

Pourquoi avoir ouvert un blog ?
Pour parler de moi. Je suis une blogueuse ego-nombriliste assumée.
Mon tout premier blog (sur… Iciblog !) était une compilation de photos (utilisées en toutes illégalités… hum) de tout ce que j’aimais. Et non, Pinterest n’existait pas encore.
Mon premier vrai blog, je l’ai ouvert à une période de transition : j’avais terminé la Fac, rencontré un garçon qui allait devenir Celuiquej’aime, on se cherchait encore un peu, je devinais qu’il allait se passer quelque chose sans arriver à y croire. Je savais que toutes les belles promesses des copains et copines de la Fac ne seraient pas tenues. Je ne comptais pas tenir une bonne partie des miennes, d’ailleurs. J’avais besoin de « parler », de me recentrer et aussi d’écrire, besoin que j’ai toujours connu. Les blogs étaient en pleine explosion, je me suis lancée. Neuf ans plus tard (si on oublie « l’égarement Iciblog »), j’ai perdu le compte des blogs ouverts, j’ai testé blogspirit, hautetfort, overblog, wordpress, canablog, pour adopter (ou être adoptée par ?) Dotclear. Ici, c’est la 3e vie de Lizly, pseudo qui est devenu une véritable identité. Mon blog est devenu, plus qu’un lieu de concentration sur moi, une passerelle vers les autres. Toujours égo-centrée, mais également blogo-centrée.

Anonymat ou identité réelle ?
Au sens strict, anonymat bien que nombre de mes lecteurs assidus connaissent maintenant plus ou moins mon identité réelle (et moi la leur).
Si on creuse la question, la personne qu’on rencontre en lisant ce blog, celle qui s’appelle Lizly, c’est moi. Moi, pleine et authentique comme j’ai, finalement, pas tant que ça l’occasion de l’être dans ma vie quotidienne. C’est un « moi » plus complet aussi. Pas la « moi au travail » qui est plurielles (celle que connaissent les élèves, celle que connaissent les collègues, celle que connait ma Direction…), la « moi en famille », la « moi entre pote », la « moi et le Prince des Quenouilles ». Ici se dessine toutes les facettes de « moi ».
Il y a quelques temps, pour une question d’anonymat justement, j’ai dû abandonner le pseudo « Lizly ». ça a été des mois très difficile côté blogging et vie 2.0. Lizly, c’est autant mon nom que celui qui figure sur ma carte d’identité. D’ailleurs, certains amis rencontrés IVL l’utilisent IRL.

Préférez-vous le collège ou le lycée ?
En tant que professeur, je me sens actuellement mieux en collège que ce que je me suis sentie au lycée. Le rapport au métier, aux collègues et surtout aux élèves corresponds mieux à mon caractère et à mes méthodes. Je ne prétends pas que je ne changerai jamais d’avis.

En tant qu’élève, lycée, sans hésitation. Mes « années collège » ont été très difficiles. Je pense qu’en tant qu’enseignante, je colmate aussi quelques blessures laissées par ma propre histoire en exerçant dans un établissement qui ressemble beaucoup à celui dans lequel j’étais élève. D’ailleurs, je sais que le poste de mon collège d’élève doit se libérer bientôt et j’envisage de le demander.

Faites-vous réellement l’inventaire tous les ans ?
Je l’ai fait l’année de ma prise de fonction dans ce CDI. Depuis, je fais un tiers de récolement tous les ans : fictions un an, documentaires l’année suivante, usuels/manuels/réserve l’année d’après. L’an dernier, j’avais 2 élèves très efficaces pour m’aider alors on a fait de nouveau la totalité du fonds. Cette année, je repars sur les fictions, partie du fonds que j’ai le plus désherbée et achalandée cette année.

Comment vous est venue l’idée de devenir prof-doc ?
Quand je suis entrée au collège, plusieurs profs nous ont demandé, sur la fiche de rentrée, d’indiquer quel métier on voudrait faire plus tard. Je ne m’étais jamais sérieusement posé la question et à partir de cette année là jusqu’à ma 3e, j’ai écrit « Auteur-Illustrateur ». En 3e, il a fallu que je réfléchisse plus sérieusement à mon orientation. J’avais, à l’époque, une prof d’Arts Plastiques sensationnelle. L’enseignement, j’ai toujours eu ça dans mon caractère, ce côté prof qui m’a desservie parfois. J’avais aussi vaguement envisagé de passer un CAP Palefrenier-Soigneur mais j’ai reçu une fin de non recevoir de l’équipe pédagogique : première de la classe, je devais passer en lycée générale. Mes parents, eux, m’ont laissé les portes ouvertes. La formation n’existait pas dans ma ville, il fallait partir loin, je n’étais pas sûre de ce choix, je me suis laissée orientée vers le lycée général, sécurisant.

Je suis donc entrée au lycée en voulant devenir professeur d’Arts Plastiques. Le prof que j’ai eu là-bas a mis moins d’un trimestre pour me dégouter du métier. Cela dit, c’est le premier à m’avoir clairement exposé la situation : en collège, 18 heures peut-être plus, 18 classes, des élèves qui estiment dans l’ensemble qu’on enseigne une sorte de « sous-matière » pas importante, pas de reconnaissance des parents… Tableau bien noir mais pas complètement faux. Je me suis laissée portée, continuant l’option Arts Plastiques qui m’intéressaient, enchaînant sur la 1ere L qui allait avec et me correspondait assez même si j’avais un profil ES sur le papier.

En début de Terminal, il paraissait évident à mes profs que j’irai à la Fac voire en Prépa. Moi, j’observais mon frère ainé entré à la Fac sans savoir quoi faire de ses études de Sociologie mais intéressé par le sujet étudié. Je ne voulais surtout pas d’une orientation par défaut dont je ne saurais pas su quoi elle déboucherait. J’ai étudié les possibilités côté artistique et rien ne m’emballait. Moi, je voulais faire ce que mon père avait fait aux Arts Appliqués : toucher à toutes les techniques, apprendre à manier les matières, développer des photos, toucher à tout et décider plus tard de ce que je préférais pratiquer. Mais de telles formations n’existent plus, pas de la même manière. J’ai exploré les métiers possibles.

Consciente que je n’avais pas de talent dans les Arts plastiques même si je m’y intéressais beaucoup et que je n’étais pas une bosseuse forcenée, j’ai laissé tomber cette voie et me suis penché sur mon autre amour : les livres. Mes parents ont commandé à l’ONISEP (bravo le Kiosque du CDI totalement vide…) le guide « Les métiers du livres ». Il y avait un encart sur le professeur documentaliste.
J’ignorais que les profs docs étaient des profs. Il faut dire que mon parcours perso ne m’a pas fait croiser des passionnés. Si on se fiait à l’ONISEP, c’était plus ou moins la même chose que bibliothécaire… J’ai creusé la question et j’ai découvert partiellement le côté « double casquette ». J’aimais assez l’idée de renouer avec ce profil enseignant qui m’avait déjà attiré tout en m’affranchissant de ce qui m’avait rebuté : les programmes à tenir, les classes qui te subissent pendant une année entière, les redondances imposées par l’emploi du temps (3 heures de 6e dans ton après-midi ? 3 fois le même cours… En tout cas, je voyais ça comme ça, maintenant, je sais que ce n’est pas forcément le cas !) Je suis entrée à la Fac, en Lettres Modernes, avec ce projet et je n’en ai plus démordu. J’ai commencé ainsi en Terminal à répondre à la seule question que j’espère voir disparaître d’ici la fin de ma carrière « Ah bon ? Il faut être prof pour faire ça ? »

D’après le quiz « Quel prof-doc êtes-vous ?« , quel est votre profil dominant ? Etes-vous d’accord ?
« Vous êtes avant tout professeur » (et très proche derrière, lecteur puis geek). D’accord mais pas pour le stylo rouge en emblème ! Je mène beaucoup d’activités pédagogiques et culturelles, avec des groupes classe essentiellement, alors oui, je suis prof. L’évaluation notée par une copie, ce n’est pas mon domaine de prédilection pour autant. Je la pratique mais pas systématiquement, loin de là. Et le plus souvent, poussée par les collègues de discipline avec lesquels je travaille qui éprouvent le besoin de sanctionner par une note, que ça compte dans leur progression.

La réaction de votre interlocuteur la dernière fois que l’on vous a demandé votre profession ?
« Ah bon ? Il faut être prof pour faire ça ? »
C’était la remplaçante de mon médecin traitant.
Souvent, on me demande si gérer les élèves n’est pas trop fatiguant. Je pense que faire valoir mon statut me prend bien plus d’énergie !

Avez-vous un chat ? des lunettes ? un chignon ?

Non, oui, et oui parfois. Le chat, c’est l’Homme qui refuse, sinon, j’en aurais un. Les lunettes parce que j’ai abandonné les lentilles, trop d’écrans dans la journée, mes yeux en souffraient. Le chignon, mes cheveux sont depuis peu assez longs pour tenir avec un stylo ou un pinceau.

La dernière fois que vous avez dit « chuuut! » ?

Hier. Parce que je ne travaille pas aujourd’hui. Je suis une profdoc à chuuuut, consciente que ce n’est pas ça qui fera taire les élèves mais que ça me permet de relâcher mon agacement avant de me lever les voir pour leur demander de faire moins de bruit, sans leur passer un savon pour autant. Je « chhhhut » plus pour moi que pour les élèves.

Vous révéler 11 choses sur moi…
Pour rester sur la problématique « Profdoc », voici 11 choses concernant mon métier et ma manière de travailler.

Je peux acheter un livre pour le CDI rien qu’à cause de son titre. C’est ainsi que nous avons récemment acquis Les plantes qui puent, qui pètent, qui piquent à la grande joie de l’enfant qui reste pas si souvent assoupie en moi. Je vous laisse imaginer ma réaction quand un élève est venu me suggérer, le sourire aux lèvres, d’acheter la BD La Vie en slip.

Attribuer une cote aux livres documentaires est une activité qui m’apaise et à laquelle je pourrais passer des heures. Transférer le fonds du CDI de la CDU à la Dewey (c’est-à-dire changer le système de classification décimale utilisé) a été long mais m’a énormément plu. Je n’hésiterais pas une seconde à me lancer de nouveau dans l’expérience si je mutais dans un CDI qui s’y prêtait. En attendant, je suis capable de passer un temps fou à feuilleter mon abrégé de la Dewey (le recueil de toutes les cotes pour tous les thèmes de la classification que j’utilise).

Je suis convaincue que les albums, c’est le bien. J’adore acheter pour les élèves de grands albums, beaux, poétiques, drôles, effrayants, mais avant tout, présentant des illustrations intéressantes. Pas forcément esthétiquement jolies. Ainsi, j’ai tout récemment fait entrer des albums de Jean Lecointre. On n’est pas dans le « oh, Madame, c’est beau ! » (pas comme avec du Rebecca Dautremer par exemple) mais je trouve ça très intéressant à avoir dans le fonds, à bosser et à faire lire. En plus, les textes sont à mourir de rire. Quand on est en âge de comprendre le 2e degré en tout cas. L’album est une pièce maîtresse de mon arsenal anti « Moi j’aime pas lire ! »

En cours, quand les élèves m’exaspère, il m’arrive de jeter un marqueur dans leur direction. Je n’en suis pas fière et m’en veut terriblement quand ça m’arrive. Je vous rassure, je n’ai jamais touché personne, je vise volontairement largement à côté, en faisant attention à ce qu’il y a derrière. Ça n’excuse rien, je le sais, hein…

En cours toujours, j’ai du mal à ne pas répondre à une question hors sujet à partir du moment où elle n’est pas idiote. Et je suis composée d’une manière qui fait que je trouve rarement une question idiote. C’est ainsi que mes élèves savent comment me faire parler du métier de photographe alors qu’on fait cours sur la méthodologie de la recherche documentaire. Mais comment leur dire « la question est intéressante mais je ne prendrai pas le temps d’y répondre » quand ils sont vraiment intéressés par le sujet ? Surtout que je sais très bien que ce que je vais répondre, là, à cette question peut-être incongrue dans le contexte mais véritablement fondée, ils vous tous le retenir, pour de bon, parce que ça les intéresse véritablement… Si j’étais prof de discipline, je serais incapable de boucler un programme.

Quand il n’y a pas d’élève au CDI, je mets de la musique. Souvent, je chante. Il se murmure que parfois, je danse, mais ce n’est qu’un bruit de couloir jamais confirmé.

Je ne supporte pas qu’on me prenne pour le CDI. Comme dans « Demande au CDI », « Le CDI commandera les manuels » ou encore « Vous êtes ouverte ? » Mais j’éduque, par l’humour et l’ironie essentiellement. Oui, je suis quelqu’un de très ouvert.

Dans le même esprit, je suis assez chiante quand on oublie de mettre « professeur » devant « documentaliste ». Je corrige. Tout le temps. Tout le monde. Le seul qui y a échappé, c’est l’Inspecteur d’Académie en réunion l’autre jour. L’adjoint du bahut a d’ailleurs fini par me lancer discrètement « ça vous démange, hein ? »

Les classes très scolaires m’emmerdent.

J’ai toujours l’impression que je ne bosse pas tant que ça, que je ne fais pas tant de séances, que je n’organise pas tant d’actions… La première personne à qui s’adressent mes bilans et mes statistiques, c’est moi.

Je suis une matheuse contrariée. Ma formation littéraire m’a coupée des Maths dans lesquelles je naviguais pourtant avec bonheur. Du coup, les colles « équations de recherche » sur mon logiciel documentaire sont un petit plaisir que je savoure. Je dépanne régulièrement des collègues à distance. C’est encore mieux que le sodoku !

11 blogs à vous faire découvrir

Voici 11 bonnes adresses à partager. Je ne sais pas si les blogueurs voudront/pourront participer à la chaîne mais ce n’est pas une raison pour ne pas aller chez eux !

Anna musarde, lit et partage. Et elle le fait bien.

Sur Cube Santé, la ligne éditoriale ne se prête pas à ce genre de questionnaire, mais on cause du système de santé. Non, en fait, on y cause de personnes. On soulève des questions. On donne des éléments de réponses quand on peut. C’est documenté, c’est vécu, c’est bien fichu. Bref, à lire.

Dame Ambre sous titre « mon blog, ce psy ». Perso, quand je cause à mon psy, c’est loin d’être aussi bien dit.

Little Wild Lily oublie parfois qu’elle est une vraie petite guerrière. N’empêche que.

Lullaby s’est lancée dans une immense aventure taille réelle. Mais elle avait déjà des choses à dire avant ça.

Nekkonezumi blogue à propos de tout et n’importe quoi et vice versa. Méfiance, son don pour dégotter des vidéos improbables est addictif

OBNI met du Sud dans votre ordinateur, mais aussi un regard, des jeux sur les mots, et un quelque chose en plus.

Regarder le ciel est un vrai passionné. Si, si, allez voir.

Reine Mère est arrivée il y a peu dans mon agrégateur de contenus. Sage femme, elle parle d’elle et de son métier.

Sacrip’Anne a des opinions, de l’humour, des anecdotes, des choses à dire, et elle le fait bien

Shaya et son blog, c’est un univers d’humeurs en tous genres.

11 questions…
… a qui veut bien y répondre !

Comment est né le premier livre ?

Quel est votre Top 5 des scènes d’ouverture de film ?

J’hésite à tenter de me faire offrir une tablette pour mon anniversaire. Un conseil ?

Où niche l’hibou ?

Quel est ton astuce pour choisir un bon melon à tous les coups ?

L’élève qui n’aime pas lire mais doit emprunter un livre pour le cours de français, tu lui conseilles quel bouquin ?

Si tu étais un livre, par quel auteur aimerais-tu être écrit ?

Quel est ta lettre de notre alphabet préférée ?

Quelques mots dans une langue autre que le français ?

Ah bon ? Il faut être prof pour faire ça ?

pix : OpenClips

8 réactions

  • 1De Little wild lily – 16/06/2014, 12:39

    c’est un sacré pavé à lire cette interview, mais c’est intéressant parce que ce sont des petits détails dont tu ne parles pas de toi même. bisous

  • 2De Lizly – 18/06/2014, 09:03

    @Little wild lily : Oups, tu as eu le brouillon du post, il n’aurait pas dû se publier ! Contente que tu aies trouvé ça intéressant. Je n’en parle sans doute pas plus parce que je ne pense pas que ça puisse intéressé quelqu’un :-)

  • 3De lullaby – 18/06/2014, 11:43

    Je pense que j’ai eu le brouillon aussi, et j’ai commenté, mais où s’est perdu mon commentaire ???
    Bref, j’ai adoré te lire, et comme little wild lily, j’ai trouvé tes réponses très intéressantes, notamment sur ton parcours artistique qui n’a pas prospéré. Comme je te disais dans mon précédent commentaire, je pense que l’art, c’est avant tout du talent, il y a du travail certes, mais si le talent est là, l’artiste peut éclore… Et pour avoir aperçu quelques rares œuvres de ton cru, je pense qu’il est là, oui, je t’aurais en effet bien vue comme auteur-illustratrice. Pourquoi ne pas creuser ??? Tu as l’imagination, tu as l’univers, et tu as le crayon ! Mais peut-être as-tu perdu l’envie ? Si c’est ça, c’est dommage. Gros bisous à toi et merci pour le lien !
  • 4De Little wild lily – 19/06/2014, 23:13

    Ah oui ! c’était un brouillon publié en fait ^^
    Bon j’en profite pour te remercier de me citer, et je te réponds ici (comme d’habitude, aux questions qui me parlent) :Une tablette ? Perso j’ai la windows surface, et j’en suis ravie ^^ Elle se tient debout et elle est très pratique, en plus on peux lui accrocher un clavier.

    L’élève qui n’aime pas lire mais doit emprunter un livre pour le cours de français, tu lui conseilles quel bouquin ? Le parfum de Suskind ! c’est long mais qu’est ce que c’est bon 😛

    Si tu étais un livre, par quel auteur aimerais-tu être écrit ?
    Paul Auster !

    Quel est ta lettre de notre alphabet préférée ?
    F ( un peu au hasard)

    Quelques mots dans une langue autre que le français ?
    En persan phonétique : rochkélé ! ( tu es belle )

  • 5De reinemère – 21/06/2014, 08:21

    Le premier livre aucune idée,mais mon premier à moi est né sur un carnet de commande de ma grand-mère boulangère,les histoires de Maman Cafard pour endormir ses bébés dans le fournil!

    Dans mon festival de Cannes perso,j’ai:
    Amadeus
    Mission
    La couleur pourpre
    Le nom de la rose
    Et….Excalibur !

    je suis nulle en choix de tablette!

    J’ai connu un hibou qui nichait dans un clocher d’église de campagne.

    Pour un bon melon,le nez bien sûr!

    Sans hésiter,L’histoire sans fin,la vraie,celle qui ouvre la portes de tous les mondes.

    Si j’étais un livre,j’aimerais la plume de Kipling pour me faire vivre.
    J’aime le A,la première née,le point de départ!

    le début d’un récit en norrois sur les nains,en souvenir d’un de mes profs : Þar var Mótsognir -Là était Motsognir

  • 6De Lizly – 22/06/2014, 10:59

    @Lullaby : Euh, alors, je veux bien concéder avoir l’imagination, avoir un univers mais non, je t’assure, je n’ai pas le crayon :-) Je me dépatouille à reproduire certains dessins mais d’après photos, c’est déjà moins bien, d’après le réel, on touche au catastrophique et d’après ce que j’ai dans la tête, on passe au honteux. Je n’ai pas perdu l’envie mais plutôt la motivation. L’idée reste tout de même quelque part dans ma tête avec la couleur du « un jour, peut-être ».

    @Little Wild Lily : Le Parfum, pour un élève qui n’aime pas lire, tu sais que ça peut être un long moment de torture ? C’est un livre que j’adore mais il est difficile à lire, dans le style et dans l’histoire. Je l’ai en collège mais même mes gros lecteurs n’adhère pas :-DD Joli le mot persan ! Merci pour tes réponses !

    @Reine mère : Merci beaucoup pour tes réponses ! L’Histoire sans fin, par contre, pour un petit lecteur, c’est long, non ?

  • 7De Little wild lily – 22/06/2014, 21:41

    oui mais ça change tellement d’ambiance par rapport aux autres classiques que perso je me suis laissée embarquer 🙂

  • 8De Lizly – 24/06/2014, 13:48

    @Little Wild Lily : Coïncidence curieuse : je l’avais en deux exemplaires, j’en ai mis un dans les documents à donner et une ancienne élève est passé hier, elle est tombée dessus et s’est exclamée « Oh, j’avais envie de lire, je peux le prendre ? » J’ai pensé à toi.
    Sinon, je comprends comment tu as pu te faire embarquer, j’ai adoré ce livre.

Si je peux me permettre

Je passe dans les rayons, saisis un tube de crème, jette un œil à ce qu’il s’en dit au dos.

– Je peux vous aider ?

La vendeuse. Alors viens la phrase qu’on a tous prononcer des centaines de fois : Non, merci, je regardais.

C’est vrai, ça, je regardais.

– Si je peux me permettre, celle-ci ne conviendra pas à votre type de peau.

Ok, ça, vous pouvez vous le permettre.

– Vous avez une peau grasse et cette crème ne convient pas. Il vous faudrait plutôt les produits de cette gamme-ci. D’ailleurs, on a une nouveauté, ceci, qui…

Elle ouvre le flacon testeur

-… permet de resserrer les pores. Vous permettez ?

Elle désigne ma main. Je la lui tends, allez. Elle pose une noix de gel dessus et l’étale doucement.

– C’est ça qu’il vous faut, notamment sur la zone T, en particulier votre nez. Avec votre peau grasse et les pores dilatés, c’est exactement le produit qu’il vous faut. Vous sentez, il est très agréable comme texture, pénètre très vite dans la peau. N’est-ce pas ?

Je sens ma main. – C’est vrai, et il sent bon en plus.

Je ne mens pas, ça sens vraiment bon. – Alors ça se passe avant la crème de jour ou de nuit, après avoir nettoyé sa peau, deux fois par jour, ça fait des miracle. L’idéal c’est de le combiner avec ce…

… elle attrape deux autres flacons sur l’étagère

-… savon pour le visage et cette crème jour/nuit de la même gamme. Il vous fallait autre chose ?

Non. Il ne me fallait même pas ça en fait.

– Du lait hydratant mais je sais lequel je veux.

– Ah parce qu’on a des nouveautés ! Il y a…

– Merci mais j’aime bien garder les produits dont je suis satisfaite.

Elle me propose un panier, veut y mettre les trois flacons pour cette peau si grasse sur mon visage.

– Merci, mais j’ai juste besoin de lait hydratant.

Elle est perplexe. Elle a perdu son temps. Elle sourit pourtant, reste pro. Cela dit, moi, je n’ai rien demandé, je regardais.

Je prends mon flacon de lait et change de parfum, tient, cette fois-ci, sans qu’on me propose quoi que ce soit. En caisse, on m’annonce qu’il ne reste plus beaucoup d’échantillon et que j’aurais ainsi un masque pour le visage et une crème amincissante. Je refuse poliment le deuxième. La vendeuse est embêtée, elle n’a rien d’autre à me proposer alors met un deuxième masque.

Je sors avec mon lait hydratant.

Parfois, je regrette de ne pas être un peu actrice, de ne pas savoir me faire monter les larmes aux yeux sur commande pour faire réagir ces gens là, de manquer répartie, toujours.

Parce que, moi, je regardais. Je n’étais pas venue entendre que la peau grasse de mon visage et mes pores dilatés méritaient un traitement de choc, on encore que j’aurais besoin de recourir à une crème amincissante. Parce que si quelqu’un, dans un autre contexte, me balançait comme ça que j’ai le pif huileux et bouffé de points noirs, ou un gros cul dans mon jean, je l’enverrais chier. Il n’y a rien d’autres là-dedans qu’une technique de vente : créer des besoins, provoquer le malaise pour qu’on recoure aux produits qui prétendent le dissiper. Mais n’est-ce pas un comble, dans une enseigne de cosmétiques, qu’on fasse en sorte que les clients sortent de là en se sentant moins beaux qu’en y étant entré ? Et si moi j’étais juste une de ces nanas qui vient là parce qu’elle a besoin de se sentir belle ? Et combien de personne sortent de là un peu plus complexées, un peu moins aimantes envers elle-mêmes ?

Puis moi, je ne faisais que regarder…

Note de bas de page :

– Non mais je le sais que j’ai rien appris sur ma peau, je la connais, on se pratique depuis assez longtemps, ma peau et moi.

– Comment ils disent, déjà ? Ah oui, « on n’a jamais autant respecté la nature des femmes ». Mwhahaha.

Pix : Pastels à l’huile par Stux

10 réactions

  • 1De Anna – 08/06/2014, 17:40

    Amusant, j’allais justement écrire un billet (inspiré par Shaya) sur les bons vendeurs.
    Ai-je besoin de préciser qu’à mon sens cette nana ne fait pas partie du lot ?
    (Et qu’un endroit où on est supposé se soucier de beauté est en réalité un des pires endroits pour se sentir belle…)
  • 2De Lizly – 08/06/2014, 17:43

    @Anna : J’ai bien envie de te lire sur le sujet, oui ! Déjà, pour moi, un bon vendeur, si tu lui dis que tu n’as pas besoin de lui, il ne s’impose pas. (Et je n’allais pas là bas pour me sentir belle, j’avais juste envie de lait hydratant ;-) )

  • 3De samantdi – 08/06/2014, 18:12

    Cela me fait penser à une vendeuse d’une marque de cosmétiques chère et assez prestigieuse qui m’avait suggéré « une crème anti-âge pour effacer les taches que vous avez sur les mains ».

    Je devais avoir 45 ans et je me suis carrément mise en colère en lui demandant si elle m'avait bien regardée et si elle était sûre que j'étais "dans le coeur de cible"

    D’ailleurs, j’ai immédiatement abandonné cette marque.

    La vendeuse était stupéfaite de ma rébellion, je pense qu’elle même n’avait pas beaucoup d’esprit critique ni de recul par rapport à ce qu’on lui demandait de dire et qu’elle répétait … TeaCup

  • 4De Shaya – 08/06/2014, 19:42

    J’ai hate de lire le billet d’Anna aussi :p
    Concernant ton billet, je joue souvent avec les vendeuses de ce type, j’avoue. C’est mal mais je ne désespère pas qu’elles retiennent la leçon.
  • 5De Little wild lily – 08/06/2014, 20:26

    Ahahaha ça craint ! Je les supporte pas de toute façon, ça ne m’étonne pas. C’est même plus dur que ce que les vendeuses sephora se permettent de dire. Et encore, faut pas hésiter à leur retourner un compliment du même genre !
    La dernière fois, une vendeuse m’a sorti que je devrais mettre de l’elumineur sur le haut des joue pour masquer mon teint grisâtre. Je lui ai suggéré de mettre de l’anticerne. Elle s’est barré tout de suite.
    Tout ça pour dire, que même sans pleurer (elles pourraient prendre ça pour de la détresse et vouloir aider), un petit pic en retour, ça fonctionne de façon radicale !
  • 6De Anna – 09/06/2014, 10:47

    @Lizly : toi tu n’y allais pas pour te sentir belle, mais comme tu l’écris dans ton billet certaines le font, et en ressortent avec encore moins de confiance/bienveillance envers elles-mêmes. C’est réellement moche.

  • 7De Lizly – 09/06/2014, 11:04

    @Samantdi : Moi c’est ma belle-mère qui m’a acheté de la crème hydratante anti-âge alors que je n’ai pas 30 ans. Je la soupçonne de s’être faite embobiner par une vendeuse du même genre.
    Dans cette anecdote que je raconte, je n’ai pas sentie vraiment le besoin de jeter cette vendeuse parce que ses propos ont glissé sur moi sur le coup. Mais je comprends oh combien ta réaction !@Shaya : Tu as bien raison. Je crois que mon « erreur » c’est d’entrer là sans me dire que je risque d’avoir une bonne occasion de remettre quelqu’un à sa place ^^

    @Little Wild Lily : Roooh, tout de même, c’est tentant de sortir le grand jeu avec sanglots de détresse et propos grandiloquents qui mettent bien la nana mal à l’aise devant tous les autres clients « Booooouhouhou vous avez raison ! J’ai une peau de merde, un gros cul, je vois pas pourquoi j’essaie encore de faire quelque chose pour améliorer les choses ! Je plairais jamais à personne, c’est clair, qui voudrait d’une petite boulote aux pores dégoulinants sur son nez de la taille d’une trompe ? Et puis vous avez vu mon teint ? On dirait que je sors d’un an de chimio ! Et mes mains ! C’est le stress, j’y peux rien, mon patron me lâche pas d’une semelle, j’en dors pas la nuit, je me bouffe les ongles… Mais c’est un moindre mal, ça, parce que je vide mes placards et je suis trop lâche pour me faire vomir derrière ! Vous êtes tellement gentille mais mon cas est désespéré ! Il n’y a rien à faire ! Parce que là, vous ne voyez que ce que je laisse voir mais mes vêtements cachent les cicatrices, les vergetures, la cellulite et je ne mentionne pas ce qu’ils masquent de pire » etc sans la laisser en placer une et en faisant une sortie théâtrale.
    Bon, en revanche, j’aurais été bonne pour aller acheter mon lait hydratant ailleurs ! :-D

    @Anna : Exactement. Et je sais ce que ça fait parce qu’il n’y a pas si longtemps, je me faisais quasi systématiquement avoir…

  • 8De gribouilles de doc– 10/06/2014, 22:02

    Reprenant le relais d’Adèle P (de confituredelettres), je t’ai décerné un Liebster Award : http://gribouillesdedoc.wordpress.c… Peut-être auras-tu le temps d’y répondre…

  • 9De Rock and Tea – 10/06/2014, 22:34

    C’est bien que tu aies résisté, que tu n’aies pas craqué. En même temps, c’est sûr qu’en disant de telles choses aux femmes, bonjour la motivation pour acheter quand on te balance ce genre de remarques!

  • 10De Lizly – 11/06/2014, 08:32

    @Gribouilles de doc : Je suis très flattée ! Je ne savais même pas que tu me lisais O_o ! J’y répondrai. Je ne sais pas quand mais je vais le faire.

    @Rock and Tea : Craquer sur les produits tu veux dire ? Je comprends que l’argumentaire fonctionne : « Oh my god, vous avez vu ? C’est une catastrophe, le sol va s’ouvrir sous vos pieds, l’eau de mer se transformer en lave et le ciel déverser des figues pourries sur la surface de la planète ! Mais rassurez vous, j’ai la solution, pour la modique somme de quelques cacahouètes d’euro ! En promotion aujourd’hui, quelle chance vous avez ! La caisse est par ici, soyez forte, vous allez vous en sortie »