Pensée, rive gauche

 

 

Rognoneuse, j’arpente le quai alphabétisant de son bêton le Fleuve Sans Eau. Sur cette rive, sans complexes urbains, la végétation cascade les gardes corps. Soudain, le fouillis se branle, se remue, s’ébroue et, du ramas, en trois bonds, saille une pie. Par saccades, elle se défroisse, s’immobilise, s’envole. A peine moins loin que le bout de mes doigts.

Alors qu’elle patrouille le lit, me vient l’idée que j’aurais pu, que j’aurais du, que j’aurais su la photographier.

Puis me ravise.

Occuper à attraper puis viser, j’aurais manqué l’embrasement vert qui balaya la rectrice l’espace d’un battement de cil.

« Que serait-il advenu si le Petit Prince gréé de son smartphone avait instagramé sa rose plutôt que lui tenir la conversation ? » m’interrogeais-je alors.

Note de bas de page :

– Le canard a de commun avec l’autruche qu’on lui mire bien souvent le cul en amont de la tête. 

Photo : Jef132

Théine

 

Je m’égare, je m’égaille, je m’éparpille, je me disperse.

Je me décentre, je me désaxe, je me débalourde, je m’ébaudis.

Je me faiblis, je m’altère, je m’assoiffe, je me déforce.

Je m’efflanque, je me flanque, je me planque, je me plante.

Je m’esinfluence, je m’hélas, je me mésaventure, je me déconforte.

Je me débine, je décanille, je me lâche, je né glige.

Je me raille, je déraille, je me gouaille, je me canaille.

Je me persifle, je me perturbe, je me perds dur, je me père fouettard.

Je me fouette tard, je me tocard, je malabar, j’n’en ai pas marre.

Je négligé, je malpropre, j’égare, j’hagard…

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Je passage à vide totalement concernant ce blog. Je sais un peu pourquoi, un peu pour quoi, je n’appréhende pas tout. Je suis une ignorante qui se méconnaît elle-même quand il s’agit de dépelotter les articulations de ce qu’il faudra tolérer d’appeler mon inspiration.

J’ai joué la carte du « le temps au temps », publiant de loin en loin quelques pensées au fond sans forme.

Mais tant de temps et toujours point ne tend à l’écriture que cette blogueuse que je me prétends.

Secouons donc (blo)gueuse ! Changer ? L’Idée… Mais d’un clic à l’autre c’est un retour qui se dessine.

Un visuel.

Des smileys.

Une image par post avenirs.

Des tags à l’à venir.

Dessiner à nouveau cette identité.

Je léthargise. Gisait.

Mais je vais m(e)'(ef)forcer.

Notes de bas de page :

– Si les mots ne sont pas des jouets, que sont-ils ?

– Pix : FredArt

« Des efforts, un bon état d’esprit, Lizly ne doit pas être découragée par ses résultats »

Le mercredi matin, quand je vais courir au stade, l’espace est fréquenté par des particuliers et par des groupes scolaires. Ici, je parlais des élèves. Ce matin, alors que je perdais le compte des tours en périphérie du troisième sur je-ne-sais-pas-combien-du-coup-mais-plus-de-quinze-au-moins et que j’avais l’impression de trainer l’intégral d’Universalis papier au bout de chacune de mes gambettes, je me suis intéressée aux méthodes des collègues d’EPS.

Les profs d’EPS sont souvent mal considérés parmi les collègues enseignants. Personnellement, j’ai de l’estime pour leur capacité à travailler en équipe et je pense que, bien souvent, les autres disciplines devraient prendre modèle sur eux en cela et dans leur capacité à mutualiser. A l’IUFM, déjà, c’était d’eux que je me sentais le plus proche dans ce fonctionnement et régulièrement, dans les enseignements communs, c’est avec les stagiaires de cette discipline qu’on s’installait, nous, les profdocs en devenir.

Malgré cela, il me reste de vieilles rancunes envers la discipline datant de mes années d’élève.

Si j’ai toujours analysé ce qui me mettait en souffrance dans ces cours, tous profs confondus – embarras physique, regards et critiques des autres, absences de résultats malgré mes efforts, impression de ne rien pouvoir faire pour progresser, fatalisme du « je suis pas sportive »… – aujourd’hui, j’ai compris comment la discipline telle qu’elle est enseignée a totalement faussé mon rapport au sport.

Que je vous explique.

Je suis une sportive « de fond ». Je suis davantage performante dans tout ce qui demande de l’endurance que dans l’effort vif et court. Je mets du temps à lancer la machine mais une fois dans l’effort, je peux le maintenir sur la durée. Ce qu’il y a de pire pour moi, c’est l’effort interrompu puis relancé. Par exemple, mon « contrat course à pied » actuel est de 45 minutes consécutives que je cours sans vomir ni morceaux de poumons ni muscle cardiaque (auto-congratulation : holà !). Demandez moi de fractionner le même temps en tranches de 5 minutes de courses alternées avec 5 minutes passées assises et je n’atteindrais probablement pas les 45 minutes.

Or voici ce que j’ai observé aujourd’hui.

Un prof et sa classe s’exerçaient au saut en hauteur. Le prof donnait ses consignes puis les élèves se plaçaient en file indienne à droite et à gauche du tapis (selon leur pied d’appel, je suppose), sautaient chacun leur tour et reprenaient leur place en fin de file. Par moment, le prof reprenait la parole pour des consignes, des conseils, des remarques, il interrompait les sauts pour déplacer l’élastique de seuil de saut. La classe comptait, à vue de nez, 25 élèves.

Un autre prof et son autre classe travaillaient le saut en longueur. Quand je suis arrivée, ils faisaient tous ensemble des échauffements. Puis, en une longue file, ils sautaient tour à tour. Le sauteur recevaient les commentaires du prof puis se replacer en queue de file, n’ayant l’occasion d’appliquer les conseils reçus qu’une petite vingtaine de passages plus tard.

Une autre prof, elle, faisait courir ses élèves. Elle les a lancés en échauffement puis les a rassemblés et les a fait assoir. Puis elle a donné des consignes à un groupe qui a couru, a donné les temps, les a renvoyés s’asseoir et a recommencé avec un autre groupe jusqu’à ce que la classe soit entièrement passé. Puis elles les a tous relancés ensembles, environ 20 minutes après les avoir fait s’assoir.

Avant de continuer, même si vous m’avez vue venir si vous avez été attentifs, petite mise au point : je sais qu’il est très compliqué de fonctionner différemment quand on est un prof seul avec une classe entière, un matériel limité, dans un espace partagé par différents établissements, notamment dans ce secteur qui compte des bahuts sensibles, qu’il y a des règles de sécurité à respecter, et qu’on peut trouver des tas d’explications aux fonctionnements que j’ai observés.

Mais.

Bien oui, mais.

Si je n’ai jamais été performante en EPS (excepté en endurance, quand on courrait tous ensembles avec un contrat en nombre de tour et un contrat en temps total), ce n’est pas seulement parce que je n’étais pas entrainée, pas sportive, pas tout-ce-qu’on-m’a-qualifée.

En saut en hauteur, mon corps s’engourdissait d’un saut à l’autre, je n’y avais plus la tête et quand mon tour arrivait, mes muscles, mes mouvements, me donnaient la sensation de faire cela pour la première fois. Même après plusieurs séances. Je suis certaine que si j’avais pu enchainer plusieurs sauts, j’aurais réussi à corriger certaines de mes erreurs. Je ne prétends pas que j’aurais été tête de classe mais j’aurais fait mieux, j’en suis convaincue.

Combien de fois mes profs ont ruiné les effets de l’échauffement que j’avais pourtant consciencieusement suivi en nous tenant immobiles le temps de distribuer les consignes ? Je ne me rappelle pas l’avoir ressenti mais maintenant que j’entends mieux mon corps et que j’en ai abordé plus concrètement le comportement dans l’activité sportive, je suis certaine que c’est arrivé, et pas qu’une fois.

Et maintenant que j’essaie de faire remonter les souvenirs de mes cours d’EPS, je me rappelle. Au volley, par exemple, le rythme me contrariait : attendre, attendre, attendre, être sollicitée dans la rapidité et la précision puis attendre de nouveau. Attendre qu’on récupère le ballon, qu’on serve, que la balle me concerne… Ce n’est pas une attente strictement passive, certes, mais une attente tout de même (surtout à notre niveau). Au basket, le terrain me paraissait minuscule, je préférais le hand ball, à la limite, ou même le foot (si on exclue ma aversion pour les sports d’équipe due au comportement de mes « camarades »). Le base ball : attente, attente, attente. Le lancer de poids, de javelot. Le 100 mètres, la lutte… Même le tennis de table car on manquait de matériel pour jouer tous en même temps.

Et si le sport qui avait mon affection était l’équitation, finalement, ce n’est peut-être pas uniquement pour le rapport au cheval mais aussi parce que, même quand on laisse souffler sa monture entre deux séries d’exercices, on marche, on doit maintenir un pas « tonique », suivre la piste, le cavalier n’est pas totalement en pause.

Aujourd’hui, j’ai compris que la manière dont on m’a enseigné le Sport, en plus des conditions personnelles dans lesquelles je devais encaisser ces cours, n’a rien fait pour me concilier physiquement avec le Sport.

Et maintenant, je me demande : combien d’élèves sont dans mon cas ? Combien sont persuadés qu’ils n’ont aucune condition physique alors qu’ils ont des capacités qui sont beaucoup moins souvent sollicitées ? Combien sont persuadés qu’ils n’aiment pas le Sport alors qu’en fait, ce qu’ils n’aiment pas, c’est l’EPS ?

Je n’ai pas de réponse…

A vous les studios.

3 réactions

  • 1De Anna – 18/04/2014, 10:01

    Dis donc, ta capacité d’analyse m’impressionne. Pour moi, je sais que le point bloquant en sport était le regard des autres. 29 élèves qui attendent = 29 paires d’yeux braqués sur toi et qui, dans mon cas, pour un bon nombre attendent ta chute avec gourmandise. Je n’ai jamais pu supporter ça. Quand on était tous occupés en même temps (ping pong, badminton, par exemple) j’étais nettement plus détendue et je devenais d’un seul coup tout à fait normale voire même bonne dans certains cas…

  • 2De Shaya – 18/04/2014, 14:24

    Pour en avoir discuter avec des gens qui enseignent l’activité physique « autrement » : beaucoup sont comme toi. Et l’EPS est considéré comme catastrophique, elle conforte ceux qui sont naturellement les « meilleurs » dans leur état et laisse derrière tous ceux qui ne sont pas dans cette catégorie en leur adjoignant une mauvaise estime d’eux-même sur ce thème tout du moins.
    Et on se retrouve avec une immense part de la population française qui ne fait pas assez d’activité physique, car dégoûtés par l’EPS scolaire, vrai problème de santé publique derrière …
  • 3De Lizly – 19/04/2014, 14:07

    @Anna : Le regard des autres me paralysait également. Les séances de sports d’équipe viraient régulièrement à la torture : les critiques prononcées, pensées et toutes celles que j’imaginais être pensées… L’humiliation hebdomadaire d’être la dernière qu’on appelle pour former une équipe… Et encore, qu’on « appelle »… Celle qui reste et dont on subit la présence.
    En revanche, contrairement à ce que tu dis, même dans les moments où je n’avais pas tant de regards posés sur moi, je restais dans le bas des fourchettes de performance. Je comprends mieux pourquoi.@Shaya : C’est tout de même malheureux que cette discipline qui permet de toucher à de nombreux sports qu’on n’aurait pas forcément approchés de nous même provoque autant de blocage, tous sports confondus… L’objectif est de s’ouvrir à ces sports, au contraire…

Fil des commentaires de ce billet

Suspension (3)

… de mon oncle, ma cousine a choisi « Walk on the Wild Side » pour accompagner le départ du cercueil. Un choix tout simplement parfait. J’ai mimé de mes lèvres les paroles avec les larmes et la morve qui coulait sur mon menton en pensant que je ne pourrais plus jamais entendre cette chanson sans être malheureuse. Je ne l’ai pas enlevé de ma playlist quasi quotidienne, pourtant. Et quand la lecture aléatoire la ressort, je pense à mon oncle, forcément. Mais je ne ressens aucune tristesse. Je ressens tout l’amour qu’il y avait dans cette cérémonie. C’est doux et …

… de mon propre métier qui évolue. Comme une envie de nouvelles choses qui viendraient heurter mes pratiques pour finalement s’y fondre et enseigner mieux. Comme une envie de faire du différent avec les mêmes éléments. Comme…

… s’interroger sur qui on est pour savoir un peu où on va. Se savoir éternelle insatisfaite ascendance nostalgique. Être dans ce paradoxe de s’aimer mieux maintenant qu’il y a dix ans mais de préférer ce que je créais il y a dix ans que ce que je crée maintenant. Se demander ce que je crée, en fait, maintenant. Se rappeler que le mal-être nourrit la création. Se demander à quel point les vrais génie sont malheureux. Penser à Picasso. Et d’associations d’idées en aiguille…

… »travailler à se rejoindre soi-même » alors elle…

… ne jamais se lasser de la conversation d’un violoncelle avec un piano. Monter le son et …

… laisser trop de non-dit dans l’écriture par besoin ou par devoir puis s’en foutre et finalement pas tant que ça, hésiter et se rappeler comme on s’aime en ligne aussi bien qu’en direct voir mieux, s’écrire tout de même pour se le dire et puis recommencer…

… les mots comme j’ai su les associer et n’y arrive plus aujourd’hui…

… une solution pour me faire les pointes sans aller chez le coiffeur. Mettre ma mère à contribution ? Malgré la sensation de régresser ? Pourquoi…

… de clavier parce que celui-ci m’horripile un tantinet par la dureté des touches et le cliquettement qui accompagnent mes mots mais surtout, surtout, les silences quand je les cherches. Le portable…

… m’amuser autant avec mon compte Twitter pro. Du coup, demain…

4 réactions

  • 1De Minka – 13/04/2014, 17:12

    J’aime tes suspensions, tu sais ?

  • 2De Lizly – 14/04/2014, 18:55

    @Minka : Maintenant, oui ❤

  • 3De Anna – 18/04/2014, 11:09

    C’était quel morceau, la « conversation du violoncelle avec un piano » ?

  • 4De Lizly – 19/04/2014, 13:54

    @Anna : Adams in the coldde Schubert. ([http://www.deezer.com/track/2557590])

Vos gosses

Elle a 11 ans, les cheveux toujours nattés, une voix un peu rauque, un sourire timide avec la tête penchée sur le côté comme si elle s’excusait de ressentir des émotions.

Elle mesure deux têtes de plus que tous les élèves de sa classe alors qu’elle n’a ni avance ni retard.

Et elle a dépassé le seuil de l’obésité morbide.

Infirmière entretenue, discussions, échanges, parents contactés.

Elle est consciente du problème. Elle est prête à faire des efforts. Elle s’est mise au régime déjà.

Seule.

Sa mère, car c’est sa mère qui cuisine à la maison, n’a rien changé à ses plats, aux quantités. Sa mère, toujours elle, car c’est sa mère qui fait les courses, n’a rien changé aux contenus des placards, du frigo. Ses parents, car elle vit avec eux deux, ne l’encouragent ni ne la découragent. Ils gèrent sont surpoids par l’indifférence et l’aveuglement.

Faudra-t-il donc que vous laissiez vos gosses crever ?

11 réactions

  • 1De Sacrip’Anne – 08/04/2014, 15:54

    Et leurs parents, qui leur a « appris » ? Quelles sont les injonctions dans lesquelles ils ont été élevés ? Comment se débattent-t-ils avec la partie corporelle de leur être ? Comment arrivent-ils à trouver l’équilibre entre ce qu’ils croient sincèrement bien pour leurs mômes et ce qui est raisonnablement vivable ?

    Peut-être qu’ils ne gèrent pas parce qu’ils ne savent pas comment, parce qu’ils n’osent pas demander de l’aide.

    Je comprends ta révolte. Mais crois-moi (et pour le coup j’assume le coup de la vieille conne qui te dire « tu verras »), quand tu auras un, des enfants, ton propre rapport à la nourriture te revient à la gueule puissance 100.

    Et quand ce rapport est ou a été problématique, non résolu, ça donne, éventuellement, des gamines en détresse.

    Je crois que le mieux c’est de pouvoir l’aider sans les juger eux, sans les condamner, autant que possible.

    Après tout, il vaut peut-être « moins pire » leur indifférence qu’une humiliation quotidienne, si on y pense bien ?

  • 2De Rock and Tea – 08/04/2014, 18:04

    Et lors de vos RDV avec les assistantes sociales et/ou les infirmières, avez-vous le droit de convoquer en même temps les parents pour leur expliquer le problème et les « efforts » qu’ils doivent fournir de leur côté ?

    Je comprends ta réaction, ta révolte mais des fois, certaines personnes ont besoin d’une « claque » pour voir clairement le problème…

  • 3De Little wild lily – 09/04/2014, 07:10

    Contrairement aux deux commentaires précédents, je pense qu’à partir du moment où le déséquilibre alimentaire se voit comme le nez au milieu de la figure (et que les chiffres le confirment) alors c’est du devoir des parents de se remettre en question, de chercher à mieux faire, quitte à se faire aider. C’est incroyable qu’on doive les prendre par la main pour leur faire réaliser qu’ils peuvent y faire quelque chose, que c’est grave, etc… ça me révolte autant que toi.

  • 4De Lizly – 09/04/2014, 11:16

    @Toutes Il y a ce que je peux écrire en public et ce que je suis contrainte de taire. Il y a là un cas d’une élève et derrière ce post, mille cas différents de mille élèves. J’ai écrit ce post un matin de travail, après avoir relevé mes mails du jour, passé un coup de fil à l’Infirmière du bahut comme trop souvent le matin pour qu’elle m’éclaire avec ce qu’elle a le droit de me dire.
    Anne, je ne juge pas ces parents. Je ne prétends pas qu’élever un enfant soit un cheminement facile, pas un instant je ne pourrais croire cela. Mais je déborde. Je déborde de ces gamins qu’on récupère déjà brisés de tant de façons et dont les parents ne comprennent pas, ne veulent pas comprendre, ne peuvent pas comprendre…
    Rock and Tea, bien entendu, l’assistante sociale, l’infirmière, le médecin scolaire, et tous les membres de l’établissement peuvent demander aux parents (ou autres responsables, j’ai cessé de m’étonner du nombre d’enfant à la charge d’un oncle, une tante, un grand-parent, une belle-famille, un ainé…) de venir au collège. On ne peut pas les forcer non plus, beaucoup n’honore pas les rendez-vous. Heureusement, beaucoup viennent etdes rendez-vous permettent de débloquer des situations…
    Lily, quand je pense à mon propre cas et à mes parents, sans doute que je ne lis pas cette situation de manière tout à fait objective…J’ai écrit ce post pour I. parce que c’est d’elle que je parle. J’ai écrit ce post pour C, pour V, pour W, pour cette nouvelle élève de 3e dont je connais le parcours mais pas encore le visage, pour T, pour L, pour R… Je pourrais y passer l’alphabet.

    J’ai écrit ce post pour toutes ces heures où je côtoie ces élèves et ne peux rien faire parce que ce n’est pas à moi de contacter les familles la plupart du temps, parce que d’autres plus compétents s’en occupent dans l’établissement, parce qu’être à l’écoute ne suffit que si on vous parle, parce que provoquer la conversation n’est pas facile, parce que les contraintes du fonctionnement d’un établissement sont ce qu’elles sont et parce que je ne sais pas ne pas me sentir concernée comme le font nombre de mes collègues.

    J’ai écrit ce post parce que je peux ravaler ma colère et mon jugement qui sont ma première réaction. Mais seulement après qu’ils soient sortis.

  • 5De Sacrip’Anne – 09/04/2014, 11:55

    Je sais exactement de quoi tu parles, y en a un sous mon toit. Mais à part le permis de se reproduire, je ne vois pas de solutions.

  • 6De Sacrip’Anne – 09/04/2014, 12:27

    @Little wild lily : Ok. Sortons de « juste la bouffe ». Quand tu vois un parent déconner à plein tube, faire n’importe nawak, tu as un vrai recours, toi ? Parce que ça m’intéresse, hein. J’en ai une sous la main, là. Mais curieusement dans la vraie vie, la plupart des gens, même supposés être aidants, tournent la tête et regardent ailleurs.

    Donc soit tu es l’ordure de service qui saisit les services sociaux, et ça ne fonctionne pas systématiquement au nom du sacro saint lien « mère enfant », notamment. Soit tu regardes un môme s’enfoncer, basculer du côté où il y a peu de chances qu’on puisse le récupérer un jour, ne pas saisir l’aide qui lui est faite. Et c’est dégueulasse. Et tu as la haine contre le monde entier. Mais rien ne change.

  • 7De Lizly – 09/04/2014, 13:06

    @Sacrip’Anne : Dans ton cas précis, je ne saurais quoi conseiller, vous avez déjà tant fait ! Il n’y a pas de réponses générale à cette question, seulement du cas par cas. Malheureusement et heureusement, je crois.

  • 8De Little wild lily – 09/04/2014, 21:53

    @Sacrip’Anne : Justement, on parle là d’un truc qui se voit, qui a une manifestation physique (que ce soit le surpoids ou la scarification par exemple). C’est pour ça que je trouve que c’est abusé que les parents ne fassent rien, parce qu’ils le voient. Après, je ne doute pas qu’il y ait des parents qui soient irresponsables, et que du coup il faut parfois agir comme l’on peut, à leur place.
    Par contre si on parle de mal-être, de déprime, de délinquance, de comportements dangereux, malheureusement, en tant que personnes extérieures (dont les parents) on peut passer à côté et ne pas le voir. Du coup, j’aurais plus tendance à être indulgente face aux parents qui n’ont pas vu.Comme j’ai l’impression que mon premier commentaire n’a pas été pris exactement comme il le faudrait :
    quand je dis que je trouve ça incroyable qu’on doive prendre les parents par la main concernant le poids de leurs enfants, je ne dis pas qu’on ne devrait pas le faire. Juste que c’est incroyable.

  • 9De Little wild lily – 09/04/2014, 21:57

    ( je viens de voir toutes mes fautes de français du précédent commentaire, sorry)

  • 10De Sacrip’Anne – 10/04/2014, 15:53

    @Little wild lily :

    Ne nous méprenons pas, je suis fondamentalement d’accord avec ce que tu dis. Mais il y a la force du déni (et oui, des choses qui se voient comme le nez au milieu de la figure pour nous peuvent sembler transparente à qui ne veut pas les voir, c’est impressionnant et effrayant à constater). Mais il y a le poids des croyances personnelles. Mais il y la résistance de la société, y compris des gens « mandatés pour » à intervenir.

    Pour te situer les choses, j’ai vu un psychologue soutenir mordicus et pendant des mois que la mère d’un enfant « assurait », simplement parce qu’elle amenait son fils régulièrement et à peu près à l’heure aux rendez-vous. Des assistantes sociales minorer la situation parce que le gamin a l’air calme. Du personnel enseignant tourner le regard plutôt que d’admettre que le même môme a un comportement (y compris en tant qu’apprenant) différent des autres.

    J’ai vu sa famille trouver toujours le même môme en pleine forme parce qu’il faisait le singe, et ne pas s’inquiéter qu’il raconte des choses très différentes à chaque « entité ».

    Or cette femme est une manipulatrice perverse de première bourre et le gamin très fortement déséquilibré. Et ça se voit (retard de langage, attitudes, motricité, des trucs qui sautent aux yeux). Et les deux se protègent mutuellement, tout en continuant de se faire grand mal dans leur bulle à eux.

    Personne ne peut rien faire. A part attendre le moment où ça sera suffisamment violent, où l’inévitable arrivera.

    Et ce n’est pas un cas isolé.

    Bien sûr je comprends et je suis d’accord avec ce que vous dites.

    Bien sûr dans plein de cas, un bon coup de pied au cul et du gros bon sens. Bien sûr il ne faudrait pas faire un enfant si on trouve ça plus emmerdant à gérer, tout ce qu’il peut se passer, que l’envie de faire pousser un humain à peu près droit.

    Peut-être que j’ai perdu en « idéalisme » et gagné en cynisme, avec l’âge (hey mamy). Et bien sûr que rien de tout ça n’est une raison pour ne pas essayer de convaincre, de raisonner, etc.

    Mais mettons que les choses ne sont parfois pas aussi noires ou blanches qu’on trouverait pratiques qu’elles soient 🙂

  • 11De Little wild lily – 10/04/2014, 22:58

    Et sur les sujets « autres » que le poids, je suis tout à fait d’accord avec toi. Notre empathie fait qu’on a forcément envie de tout tenter pour sauver ces enfants.

Fil des commentaires de ce billet

Chacun sa place

C’est marrant parce qu’ils ont beau être d’un autre bahut, ils me sont familiers. Ils ont ce quelque chose de l’universalité du collégien. Les profs aussi d’ailleurs. L’un relève même de la caricature, grand, sec et buriné, le survêt’ à bandes et le sifflet au cou.

Je commence à courir, incognito, anonyme petite souris trottinante. Mon enjeu du jour est faible, courir pour vérifier que j’arrive à courir, histoire de, quoi. Eux, ils ont des contrats de temps et de tours il me semble. Les profs annoncent des temps quand les groupes passent devant eux. Je n’entends pas les commentaires, écouteurs aux oreilles.

Je cours, je marche un tour, je cours. Je ne suis pas prof aujourd’hui. Je cours, je marche, je cours.

En bord de piste, le temps mort s’organise. Deux groupes se forment. Ici, on papote à l’ombre de deux grands pins qui tendent leurs branches depuis la rue. Là, on improvise un défi pompes et tractions.

Le premier groupe est exclusivement féminin, le deuxième strictement masculin.

Les profs sont en retrait et discutent en mode animé autour d’une paperasse avec de grands gestes des bras.

Je cours. Je cours mais je les vois. Je cours et j’ai envie de foncer dans le tas. Non, tous ces garçons n’ont pas vraiment envie de faire des pompes. Non, toutes les filles n’ont pas envie de papoter à l’ombre. Statistiquement, c’est juste impossible. Je cours et j’ai envie de foncer dans le tas, d’attraper celles qui lorgnent sur les portant et de les inviter à s’essayer aux tractions elles aussi, pourquoi pas, de chopper ceux qui tournent autour du pot en se faisant discret pour les poser à l’ombre à discuter, j’ai envie de les éparpiller pour qu’ils se mélangent et qu’ils ne se sentent pas obligés de coller à ce qu’ils croient qu’on attend d’eux.

Je cours et non, je ne fonce pas dans le tas, je ne leur dis rien, je les laisse. Les profs les rassemblent, les ramènent vers les vestiaires. Personne ne leur dit rien. Mais est-ce que quelqu’un d’autre que moi a seulement remarqué ?

4 réactions

  • 1De Shaya – 03/04/2014, 21:31

    On hésite trop souvent à foncer dans le tas pour bousculer la place des quilles.

  • 2De Rock and Tea – 03/04/2014, 21:53

    Comme tu dis, « Chacun sa place »… Le souci c’est que trop longtemps on a cru (à tort) que la place des femmes était à l’ombre à muscler sa langue à force de bavardages et celle des hommes était au soleil, à suer en faisant des pompes…

  • 3De Anna – 04/04/2014, 09:14

    Chacun sa place, chacune sa place, et malheur à celle ou à celui qui voudraient y changer quelque chose. *souvenirs*

  • 4De Lizly – 04/04/2014, 19:20

    @Shaya : Il se serait agit d’élèves à moi, je serais aller les voir. Mais là… Lancer le débat sur un coin de stade avec des élèves que je ne connais pas, qui ignorent qui je suis, c’était pas évident. Et ce genre de question, il faut être sûre de pouvoir aller au bout, qu’ils ne s’arrêtent pas sur leurs clichés sans avoir de contre proposition, des arguments inverses. Je pense qu’une discussion mal menée aurait davantage desservi que ne rien dire.

    @Rock and Tea : Le souci c’est surtout qu’on réfléchisse encore à la place des gens selon leur sexe.

    @Anna : Ou faire autrement que la règle non-dite mais pourtant édictée…