Le plus beau métier du monde

J’aime avoir à leur dire « Je ne sais pas. Mais je vais chercher la réponse avec toi. »

J’aime qu’ils la trouvent avant moi.

J’aime les moments d’échanges où personne n’a tort ou raison parce qu’on y exprime des avis et des opinions.

J’aime qu’ils prennent conscience qu’ils ont des avis et des opinions à eux.

J’aime quand ils savent qu’ils ont le droit à l’erreur tant qu’ils essaient vraiment, les « Madame, je ne suis pas sûr(e) mais peut-être que c’est… », qu’ils osent, qu’ils tentent, qu’ils enregistrent qu’apprendre c’est aussi se planter par moment.

J’aime quand on se permet de faire une blague, une digression, un aparté, de se détendre, ne plus être scolaire pour revenir ensuite, en douceur, à la leçon en cours.

J’aime quand ils osent dire « Je n’ai pas compris » même s’ils ont écouté.

J’aime quand ils s’expliquent les uns les autres ce que je viens de tenter de faire comprendre, avec leurs mots à eux et que ça s’enclenche et que ça fait clic.

J’aime quand il s’approprient mes enseignements, mes exercices, mes apprentissages, les détournent, s’en amusent.

J’aime quand ils m’imitent et me caricaturent, j’y vois mes habitudes, mes manies, mes travers, je les corrige.

J’aime quand ils veulent partager quelque chose avec moi. Quoi que ce soit.

J’aime préparer un cours ficelé juste ce qu’il faut, un cadre, des lignes, mais des nœuds pas trop serrés pour la liberté de mouvements des élèves, pour les imprévus, bons comme mauvais.

J’aime les non-dits et les compréhensions tacites, quand on n’a pas besoin de rajouter de mots sur une attitude.

J’aime quand ils me contraignent à faire évoluer mes pratiques, à m’interroger, à changer, combiner, improviser.

J’aime les séances en binômes dessinées entre midi et deux pour l’après-midi même, l’exercice d’équilibriste qu’elles constituent mais aussi la complicité professionnelle avec le collègue partenaire.

J’aime quand je lance une idée en salle des profs et qu’elle est reprise au vol, qu’elle rebondit, qu’elle revient riche et à concrétiser, j’aime qu’elle me retourne sous forme de « Y’ a plus qu’à ».

J’aime quand je perds le fil du cours et qu’ils ne m’enfoncent pas. J’aime leur indulgence, bien plus fréquente qu’on ne croit.

J’aime aussi quand ils tentent de s’enfoncer dans les brèches, de forcer là où le cours et faible, là où ça flotte, là où j’approche un sujet que je ne maitrise pas, ça me sort des facilités.

J’aime quand ils font des connexions parce que aaaaaaaah, mais c’est comme dans le cours de, comme l’autre jour dans la rue, comme ils l’ont dit à la télé, comme dans le livre qui parle de, comme dans le truc qu’ils ont lu ou entendu mais ils ne savent plus où et il y a quelqu’un mais ils ne savent plus vraiment qui enfin c’est pas grave ben cette personne elle a…

J’aime les voir se construire.

J’aime être pour certains la personne neutre, celle qu’ils n’imaginent pas être au courant de tout et avec qui ils ne se sentent pas de jouer le rôle dans lequel ils sont enfermés.

J’aime être un maillon d’une chaine éducative, un membre d’une équipe, tout en ayant mon indépendance.

J’aime les fois où on devient odieux, lâchant toutes les tensions en exprimant les pires choses que l’on souhaiterait prétendument à nos élèves, nos collègues, des parents, le conseil général ou encore un certain ministre, en salle des profs, dans un bureau, à la cantine, loin des oreilles indiscrètes mais pas tant que ça.

J’aime qu’on se connaisse, les élèves et moi, qu’ils sachent que ce n’est vraiment pas le jour même s’ils en profitent, qu’ils me décodent, qu’ils me sachent humaine.

J’aime mes haines au sein de l’équipe contre des personnalités, des idées et des pratiques, qui signifient que j’ai des principes.

J’aime avoir su prendre le temps, même si ce n’est jamais assez souvent, pour un regard triste, un air contrarié, une blague, un conseil, une vidéo, un lien internet, un « vous connaissez ? », « non mais je ne sais pas si j’ai envie d’en parler », « j’ai une question mais je suis pas sûre », « vous êtes trop occupée »…

J’aime les témoignages de reconnaissance, même les plus discrets, qu’ils comprennent qu’ils sont mon travail, que je les ai choisi, qu’il y a ce que je fais par devoir professionnel mais qu’il y a aussi ce que je fais pas bonne volonté, qu’ils ont souvent raison dans leur « Vous n’avez pas le droit ! », qu’ils ne pensent pas assez à « Vous avez le devoir ! », mais qu’entre les deux, ils y a cette zone de flottement où je ne me pose pas la question du droit ou du devoir mais seulement de ce qui est bien pour eux.

J’aime tout ce que j’oublie.

Note de bas de page :

– Ce post m’a été inspiré par celui-ci plus axé sur le 1er degré. Je me suis limitée à l’aspect strictement « prof » de mon métier. A l’occasion, j’écrirais peut-être quelque chose sur le côté « doc ». Même si les deux sont loin d’être imperméables l’un à l’autre.

2 réactions

  • 1De Shaya – 30/03/2014, 22:15

    J’adore lire que ce métier t’inspire du plaisir au quotidien, au delà des trucs qui font rager et des désillusions.

  • 2De Lizly – 02/04/2014, 09:58

    @Shaya : C’est un bon exercice, ça m’a fait du bien de chercher le positif au lieu de m’appesantir sur le négatif.

Il y a des limites et il y a l’au-delà

Cette nuit, j’ai pas réussi à m’endormir. Après deux heures à chercher le sens, taper l’oreiller, chercher le fil d’histoire à écrire dans ma tête pour m’endormir, je me suis relevée, j’ai tweeté ma détresse, et lu un chapitre du Trône de Fer puis je me suis recouchée, deux cachets de Sédatif PC sur  la langue.

Un peu moins de 3 heures après, une quinte de toux brulante et abrasive m’a jetée hors du sommeil pénible, mon ventre m’a houspillée jusqu’à ce que j’aille le vidée puis mon shaker personnel s’est déclenché et ne s’est arrêté qu’après plus d’une heure, au moment où le réveil se déclenchait.

Je suis allée bosser avec des cernes, sans mon quota de sommeil, avec une bêlante lassitude physique, sans toute ma voix…

Je suis allée bosser malgré l’arrêt maladie parce que journée particulière.

J’ai fait cette journée spéciale, une sorte de marathon, et quand j’ai pu fermer le CDI, j’ai couru à une réunion que j’ai quitté pour une autre.

Hier, je n’avais plus une plume de voix. Trachéite. Laryngite. Bronchite. Bordelite.

Et on m’a cajolée. On m’a gazouillé me reposer. Parce qu’on prend soin de moi. Et que je sais que c’est gentil, que c’est doux, que c’est censé, que c’est juste.

Demain je pleurerais peut-être l’énergie mobilisée aujourd’hui. Mais ce soir, je me sens tellement bien…

6 réactions

  • 1De sushiesan – 28/03/2014, 06:39

    Calins tout doux et bisous magiques-qui-guérissent-tout petite warrior !!!

  • 2De Anna – 28/03/2014, 09:37

    Ça ne serait pas un coup des endorphines, comme quand on fait du sport ? En tout cas, quelle que soit la méthode que tu choisis pour te soigner, j’espère que ta voix reviendra bientôt !

  • 3De Minka – 28/03/2014, 10:14

    Il y a ce qui fatigue, et il y a ce qui nourrit. Parfois c’est la même chose, et le risque à trop s’économiser, c’ets de mourir de faim.
    C’est toi qui sait, qui fait l’équilibre. Et tu fais bien.
    Je t’embrasse !
  • 4De Lizly – 28/03/2014, 18:55

    @sushiesan : ❤
    @Anna : La voix revient et s’affermit. Elle est plus ronde et plus basse, ça donne des choses sympas en chant. J’aimerais presque la garder comme ça, les couacs en moins :-D
    @Minka : Quelque part, je me sens forte. J’aurais pu jeter l’éponge, me laisser forcer la main par les signes, me ranger aux rangs de ceux qui me conseillaient de m’arrêter, écouter cette énième crise… J’ai tout pris, tout reçu, mais j’ai suivi ce que me disait ma tête et mon corps : j’avais envie d’aller bosser et je m’en sentais la force. Je ne regrette riiiiien. (Et ne me remercie pas pour la chanson dans la tête).
    Moi aussi je t’embrasse ! :-*
  • 5De Rock and Tea – 28/03/2014, 22:02

    J’espère qu’aujourd’hui, et pour le week-end, tu vas beaucoup mieux !

  • 6De Lizly – 29/03/2014, 11:46

    @Rock and Tea : Je suis sur la pente ascendante mais pas encore au top. Pas de course ce week-end, mes poumons ne suivront pas. Mais bon, ça va mieux.

Elle court

Le sol synthétique est souple, le soleil haut, les basketteurs en pause déjeuner ou fin de grasse matinée, la bande son pas toujours adaptée. Mes poumons m’engueulent : après une saison de ski et d’air d’altitude, le stade en pleine, ce n’est pas vraiment ce qu’ils veulent respirer. Pour la peine, vlan, mon organisme me fout un début de point de côté. Je jette un œil au chrono : rien d’alarmant, je suis encore dans les cinq première minutes, celles pendant lesquels mon corps essaie systématiquement de me convaincre que je suis en train de faire une grosse bêtise. Mon pouce droit « skippe » la piste et attendant un instant d’entendre ce que le schuffle me dégotte pour la suite. Je force. Je cours.

Flash back. Je suis lycéenne. Interne, je ne vois mes parents que le week-end. C’est sans doute pas plus mal, on se tape un peu mutuellement sur le système, je crois. On a surtout du mal à se comprendre d’une manière générale. En ce moment, en EPS, c’est cycle Gym. L’EPS, la bête noire de mon bulletin de notes. On n’est pas à table car mon frère n’est pas là. On est dans la cuisine pourtant car c’est la pièce de vie chez mes parents – chez moi, à l’époque. Ils sont là tous les deux. Je raconte mes difficultés avec la plupart des mouvements. Manque de souplesse mais surtout de force dans les bras et le haut du corps. Mon père – d’ordinaire mon allier – s’étonne et s’accable : à mon âge, lui, il était sportif, il faudrait que je fasse quelque chose pour améliorer ma condition physique, muscler le haut de mon corps. C’est ma mère qui répond au quart de tour : comment veut-il que je fasse ? Il ne sait pas vraiment. Que je fasse des assouplissements, que je soulève des poids… Et où est-ce que je les trouverais, les poids, hein ? Et comment je ferrais, à l’Internat. La discussion se clôt. Les armes sont rendues. Je n’ai même pas donné mon avis.

Mon père, à mon âge. L’âge que j’avais alors. 15 ans, peut-être 16, il était cycliste. Parce que depuis longtemps, mon grand-père l’avait initié à ça. Parce que ses parents l’y encourageaient, le poussait. Parce que son frangin l’accompagnait.

Mais à l’âge où il m’a eu, celui où il nous a élevé, mon frère et moi, il n’était plus sportif. Ma mère non plus. Ils étaient vieux. Enfin, je le pensais, quand j’étais ado.

Enfants, on courait partout, notre terrain de jeu avait la taille d’un village entier et de ce qui l’entourait, on était par monts et par vaux. Après, j’avais l’équitation jusqu’à ce que mon club pli bagage pour des cieux bien moins bleus. Mais même là… Au collège, je me sentais emboucanée de mon corps. Les ballons ne me parlaient pas, à la main comme au pied, les sports d’équipe avaient un enjeu trop lointain de nos scénarios d’enfance, devoir me heurter aux autres me renfermait, les regards me paralysaient, les moqueries me tétanisaient. Alors quand je n’ai plus pu faire d’équitation, à 14 ans, je ne faisais guère plus que subir l’EPS au collège puis au lycée.

Je n’ai jamais appris à être sportive.

Fin du flash back. Le chrono tourne. Moi aussi. Petit pas de course. D’autres me dépassent. Plusieurs. J’ai appris à ne pas y attacher d’importance. Je remarque les chaussures neuves, les pantalons rutilants, les t-shirts étincelants. C’est la saison des bonnes résolutions sportives. Parmi ceux-là, j’en recroiserai certains et d’autres vont remiser ces achats d’ici quelques semaines. C’est ainsi tous les ans.

Chrono. L’objectif minimum du jour est atteint. Je vise le palier suivant.

« Sportive ! » m’a lancée Minka sur Twitter la semaine dernière. Oui, sportive. Je skie, je cours, je marche. Non, les ballons, pas trop. J’ai fait du tennis, j’ai repris l’équitation pendant un temps, je n’exclus pas d’y revenir, question de contexte, je nage aussi… Sportive, oui. Même si ce n’est pas évident au premier coup d’œil et à côté de tout stéréotype.

En route pour les pistes, l’Homme me parlait du contre coup des 30 ans. Moi, je vais les avoir à l’été et physiquement, je me sens bien mieux qu’à 20 ans. C’est lui, l’Homme, qui m’a poussée. J’avais l’envie mais pas la suite dans les idées. Il m’a appris, encouragée. Jamais il ne m’a dit qu’il « suffisait de… », n’a minimisé mes efforts. On en a rit, oui, de mes essoufflements de forge là où il commençait à peine à se chauffer. On en a écourtée, des sorties. Il m’a ramassée quelques fois, eau, sucre, à deux doigts de l’hypoglycémie voie en plein dedans.

Et là, je tourne sur le stade sans lui. Le fil de mes écouteurs tire mon t-shirt vers le haut, dénude un peu mon ventre qui n’a rien de joli de ferme ou de plat et j’en ai rien à faire. Je sais qu’on me voit. Je sais même qu’on me regarde. Et j’arrive même à m’en foutre maintenant.

Il y a ces deux gamines hautaines. Quel âge ont-elles ? 17, 18 peut-être. Elles traversent devant moi, me coupent la route, prennent leur temps, provocation ridicule, débardeurs transparents sur brassières noires, l’une les yeux ourlées de noir. Pas chassé, passer entre elles sans perdre le rythme. Elles sont méprisantes parce qu’elles courent mieux, parce qu’elles sont capables de faire des tractions, parce que je ne paie pas de mine, que j’écoute de la musique sur un lecteur MP3 plutôt que sur mon téléphone, parce que j’ai l’arrière train pesant et large. Méprisez-moi si ça vous chante. A votre âge, j’étais encore en phase descendante de boulimie, et si j’avais un peu d’endurance physique (« Vous avez un cœur de coureur de fond ! » répétait le médecin de famille, oubliant d’un rendez-vous à l’autre qu’il m’avait dit la même chose avec les mêmes mots, le même ton, artificielle complicité, je n’aimais pas cet homme), je n’avais aucune persévérance.

Je tourne et m’étonne moi-même de cette indifférence aux regards des autres. Je croise encore ce type qui court à contre-sens et jette un œil par dessus mon épaule. Elle n’est plus là. Je l’ai vue, à l’entrée. Elle hésitait, ne connaissait pas. J’ai pris le temps de lancer ma musique, qu’elle me voit, qu’elle comprenne qu’on était là pour la même chose, et je me suis engagée entre les poteaux serrés qui interdisent le passage des deux roues. Elle m’a suivie. Soulagée d’avoir confirmation sur l’emploi de cet étrange passage, je sais. Je me rappelle, il n’y a pas si longtemps, j’étais toi, tu sais ?

Je cède à la marche et vire à l’intérieur de la piste, chrono arrêté au delà du dernier palier d’objectif. Devant les gradins, je m’étire, la marche d’entrée pour tirer ma jambe vers le haut. Deux gorgées d’eau, puis rentrer, le t-shirt mouillé de transpiration, la musique dans les oreilles, toujours.

Sportive ? Si on veut, pourquoi pas. A l’aise dans mes baskets, surtout. Et sereine, si vous saviez.

8 réactions

  • 1De Dame Ambre – 12/03/2014, 15:15

    Que j’aime lire ces souvenirs, ces instants qui ont fait de nous ce que nous sommes.. merci pour ce partage, cet instant sportif qui est bel et bien là en toi :-)

  • 2De Minka – 12/03/2014, 19:01

    Ça a du bon, hein, la (presque) trentaine ?

  • 3De Rock and Tea – 12/03/2014, 21:18

    Quel bel article !

    Tu gères bien toute cette image et tout… Je ne crois pas que je serai capable de courir devant d’autres personnes. Je suis même bien contente de courir seule. BRAVO à toi :-)

    Moi aussi, l’EPS était la grosse bête noire de mes bulletins scolaires. Personne ne me poussait alors je me suis enlisée dans « la danse une heure par semaine ». Mouais. Ce serait maintenant, je ne ferai pas ça.

    J’aurais aimé courir ce matin. Oui « aimé ». Mais, temps très brumeux, trop dangereux parce que je cours sur les routes et non dans les stades.

  • 4De sushiesan – 13/03/2014, 07:35

    \o/
    il faut que je me remette à la course, ça va faire un an. Mais j’attends d’être mieux dans mes baskets, sinon je me connais, je vais me flageller de ne pas avoir pu courir plus de 5 minutes sans marcher pour une reprise :-(
    Pour le moment je fais cardio-boxe et zumba, une fois par semaine (enfin presque, avec la grippe, puis l’angine-bronchite 2 semaines après, j’ai été en cours en pointillés) et je ne subis plus que je ne vis les cours tellement mon corps me pèse :-(
    Mais quand je lis tes mots, halalala, comme ça paraît simple de reprendre. Comme tu me donnes envie … Bientôt peut être ^^
  • 5De Floh – 13/03/2014, 13:45

    Je crois que rien que pour cette dernière phrase, j’ai envie de t’embrasser et te féliciter, et te dire que tu es merveilleuse tu sais? 🙂 Et que ce que tu as trouvé et atteint, c’est tellement difficile et tellement compliqué, même si ça paraît incroyablement simple quand on y est 🙂
    Et puis tout à l’heure pendant que je courais, que je m’étonnais d’avoir du souffle alors que franchement je ne me suis plus entraînée depuis fort longtemps et que je reprends trèèèès progressivement le sport, je me demandais aussi si mon corps ne m’offrait pas une immense chance, celle d’avoir gardé quelque part dans son adn une forme « d’habitude sportive », comme un socle construit dans ma jeunesse (où j’ai fait beaucoup de sport, moi), qui fait que même après de longues interruptions, je reprends sans doute moins difficilement que d’autres. C’est une vraie question, mais quoi qu’il en soit, je lui en suis reconnaissante 😉
    Et je me disais aussi que même si tu dis n’avoir pas fait tant de sport que ça, je pense que l’équitation a dû te forger, peut-être dans le même sens 😉
    Voilà pour le commentaire qui ne rime à rien, mais j’avais du mal à laisser passer un si joli billet sans réagir 🙂
  • 6De Lizly – 13/03/2014, 18:55

    @Dame Ambre : Merci ma belle. C’est étrange aussi comme certaines choses nous marquent. Je suis certaine que mes parents ont tout oublié de cette conversation par exemple.

    @Minka : Je l’aborde plutôt sereinement je dois dire, cette trentaine qui arrive. Elle a du bon, comme tu dis !

    @Rock and Tea : Courir « devant d’autres personnes »… Disons qu’au stade, il ya toujours des gens qui sont là avec des gamins ou entre copains et regardent ce qui se passent autour mais ce n’est pas comme si on m’observait courir. J’ai réussi à me détacher du regard des autres quand mon propre regard a été moins sévère envers moi-même.
    Pour le temps brumeux, je comprends. La météo est mon plus gros facteur de découragement !

    @sushiesan : Il faut être INDULGENTE avec toi même ! Comment ça, je me répète ? Hihi. Pour la reprise, ce sera sans doute moins bon que tes meilleurs temps d’avant l’arrêt. Mais c’est aussi un plaisir de reprendre et retrouver les sensations, de revenir au niveau qu’on avait, ça donne un objectif encourageant je trouve.

    @Floh : Un commentaire, ça rime toujours à dire « je suis là, j’ai lu, j’ai aimé et j’ai envie de partager quelque chose avec toi », c’est déjà pas mal, non ?
    Pour la reprise, l’Homme est comme toi, beaucoup de sport pendant longtemps et quand il arrête, ses reprises sont bien plus efficaces que les miennes. Moi, c’est différent. Je pense aussi que j’étais plus « sportive » que ce dont je me souviens. Par exemple, je marchais beaucoup, dédaignant les transports en commun et sans faire d’histoire. Mais je ne voyais pas ça comme du sport alors que s’en était tout de même.
    Je suis contente pour toi que la reprise de la course se fasse en douceur et que ce soit plutôt une bonne surprise pour toi !

  • 7De Mère Geek – 20/03/2014, 10:43

    Ton billet est encourageant et tombe pile bien pour moi, où je suis dans une phase de question « Pourquoi mépriser autant mon corps ? »
    Il me paraît tellement externe et dissocié de moi que je le vois comme une chose à laquelle je suis reliée. Cependant, l’exercice le rendrait plus confortable : choix de vêtements plus large, par exemple, possibilités plus rigolotes.
    Donc merci !
  • 8De Lizly – 23/03/2014, 18:42

    @Mère Geek : Contente que ça te motive. Le sport participe beaucoup de la réconciliation avec mon corps. J’espère que les effets te réussiront !

Reprise

Alors je m’extrais de derrière mon bureau, légèreté du printemps qui arrive, de l’espace encore rangé, de la lumière douce, de la fringance d’un retour de vacances et je range la petite pile qui menaçait de s’étaler en me disant que ce n’est pas si compliqué de ne pas laisser s’accumuler. Les petits riens, finalement, sont ce qui fait tout dans ce métier. Malgré la mauvaise surprise de rentrée, je m’offre de la bonne humeur. Je mets soigneusement des s’il te plait, des merci, de la politesse de base mais incontournable, du chaudoudou dans ma voix, et ça coule tout seul avec les élèves. Un peu d’humour ici, un brin d’autre chose là, et je comprends que j’ai passé les dernières semaines de travail à me battre contre lui, donc contre eux, car ils sont au cœur de tout. Sagement, ils attendent sur le pas de la porte alors que je n’étais pas devant le rang pour les arrêter. Partager la sensation d’agréable surprise avec eux, exagérer le trait, leur dire qu’ils sont par-faits, les faire sourire et se satisfaire pour soi-même de constater que les rituels sont ancrés chez certains, que ça sert à quelque chose, tout de même. Me secouer, me dévisser du fauteuil et faire au fur et à mesure. Empiler le courrier, s’efforcer d’être méthodique pour une fois, se faire plaisir en cotant quelques documents neufs, Dewey, mon amour. Sortir pour le Printemps des poètes une série de petits livres que j’avais moi-même oubliés, ajuster les présentoirs et coller l’affiche de l’action en plusieurs exemplaires. Rimbaud me matte sous tous les angles alors je rajoute les Illuminations sur une table, histoire de. Penser au projet-qui-pèse, réfléchir aux solutions, tenter de rattraper la motivation fabriquée pendant les vacances et qui a filée à la lecture d’un unique mail. Téléphone, « Un colis est arrivé à la L… » et avant que ma phrase ne soit finie, trois mains volontaires se lèvent. « Tenez Madame, c’était même pas lourd ». Reprendre et retrouver ce quelque chose que je ne sais pas nommer mais qui me manquait, comme le prose de M. Jourdain, sans le savoir.

8 réactions

  • 1De Shaya – 10/03/2014, 20:13

    Ça fait plaisir de le lire ❤

  • 2De Anna – 11/03/2014, 09:02

    Shaya ne fait rien qu’à écrire ce que je voulais écrire. :-*

  • 3De Floh – 11/03/2014, 15:28

    Ca fait plaisir ces lignes qui sautillent 😉

  • 4De Rock and Tea – 11/03/2014, 21:41

    Ça respire le bonheur et la légèreté. Le sourire aussi.

  • 5De lullaby – 11/03/2014, 21:48

    Il est beau, ton article. On sent ton état d’esprit, il y a toute la légèreté de cette reprise, on t’imagine aisément dans les murs de ton CDI, avec cette belle tranquillité. Vraiment un bel article.

  • 6De Lizly – 12/03/2014, 10:29

    Merci à toutes ❤ Si vous saviez comme c’est bon de rentrer et de retrouver ce contact là avec mon job ! Et avec les élèves, bien entendu.

  • 7De lullaby – 12/03/2014, 11:10

    et pas avec nous ? :-p

  • 8De Lizly – 12/03/2014, 13:36

    @lullaby : Avec vous, je n’ai pas perdu le contact ! D’ailleurs, j’espère que tu auras une connexion Internet là où tu pars…

La Buena Vida : coffee & book shop

3Dom

Au 7e matin, elle sortit un petit appareil photo de sa besace et vissa la devanture sur la pellicule argentique de son vieux modèle. « C’est dommage, avais-je pensé, sous cet angle, elle doit probablement avoir photographié son propre reflet… » avant de me raviser : que qu’elle avait précisément sous la tête ou derrière les yeux – à moins que ce ne soit l’inverse – je n’en avais pas le préambule d’une idée.

C’était un de ces matin de fin d’hiver gratifié par un soleil enfin charitable de quelque peu de chaleur. J’en avais profité pour ventiler l’espace, porte ouverte à chasser cet air moite qui précède l’entre-saison, avant d’allumer le perco’ et de donner un coup de chiffon mou sur les tables. Je ne l’avais pas vu arriver et c’est en divaguant jusqu’à la sortie au côté d’Elvis, un habitué, et sa toute nouvelle série de S.A.S. – péché mignon – fraichement acquise que j’ai aperçu la paire de bottes fourrées désormais familière plantées au milieu de la chaussée.

Au cours des derniers jours, elle avait échoué une demi douzaine de fois sur le trottoir d’en face, vigie avant-gardiste, matant l’entrée sans jamais s’y présenter. Jeune, pas franchement discrète, des boucles sous un bonnet pâteux, les paumes dans des mitaines chinées, elle donnait sévèrement l’impression de savoir exactement ce qu’elle faisait là. Mais je commençais à me demander jusqu’où l’impression était illusion.

La traiter en inconnue m’étant peu concevable, je la saluai brièvement d’un signe de tête – sobre, peu intrusif, mais cordial, du moins je l’espérais – puis m’en retournai à mes rayonnages.

– Qu’en penses-tu, demandai-je à l’Alice de Dautremer au mur, faut-il que je l’invite à entrer de nouveau ?

« De nouveau », car au 4e matin, alors que j’examinais avant de le juger recevable un nouvel autocollant placardé par quelque plaisantin sur le rideau de fer de la librairie, elle était arrivée, côté cour, oisillon dans la grinche fine d’un temps revêche.

– Mademoiselle ? Je vous offre un café ? lui avais-je alors proposé.

Elle avait levé des yeux verrons et farouches vers moi puis dodeliné et quasi chuchoté un poli mais définitif « Non. Merci. » avant de traverser et se s’adosser à l’immonde façade jaune de la Banque rutilante installée depuis peu là où hier encore, mon ami Louis me faisait face dans ce qui appelait lui-même avec affection et sans doute une pointe de lucidité sa « Galerie de Croutes ».

– Si elle n’est pas là pour le « coffee », suggéra une petite voix intérieure – à moins que ce ne fût celle d’Alice ? – peut-être l’est-elle pour le « book shop ».

Je revins vers la porte. Elle ne me toisait pas mais n’en était qu’à un cheveux pour ce qui était du port.

– Mademoiselle ? Je vous offre un livre ? lui proposai-je alors.

Elle se mordit la lèvre, baissa un instant son regard bicolore, le visage plus juvénile encore que je l’avais présumé.

– C’est que… hésita-t-elle, je ne jamais fait ça…

M’écartant pour lui ouvrir le passage, je la rassurai – Ne vous en faites pas, avec les livres, ça se fait tout seul.

Note de bas de page :

– Ce texte est une participation au 15e Jeu d’écriture(s) du Blog à 1000 mains, d’après une photo de Dom – Abagendo.