Tea time

J’ai réservé les quelques nuits d’hôtel de nos vacances.

J’ai un peu parlé à mon père au téléphone, appelé simplement pour vérifier un détail géographique (mon père, il fait carte de France, GPS et aussi plan de métro parisien avec les noms des stations, les correspondances, les sens de ligne et tout ça de tête sans se forcer). Je crois que le sujet sur lequel mon père peut dire « je comprends » et pour lequel c’est vrai dans toutes les fibres de son être, c’est la création. Artistique, littéraire, peu importe. Alors quand j’ai fini par lui dire que je ne me sentais pas très bien et sèche, que je n’arrivais pas à écrire, ni dessiner, ni peindre, ni photographier, ni fabriquer, ni bidouiller, que quelque chose était absent et que j’en souffrais, il a dit « je comprends » et c’était vrai.

J’ai pleuré dans les bras de l’Homme qui ne comprend pas vraiment quand je lui explique que je me sens sèche dans la création et que j’ai peur que la vie m’enlève ça un jour parce que si ça m’arrive quand j’ai du temps à revendre, de la place, la tête libre et toutes les occasions du monde, qu’est-ce que ce sera quand on aura des enfants, que j’aurais beaucoup moins de temps, moins de place, que ma tête sera en partie à eux et qu’il y aura tellement moins d’occasion ? Alors il me rassure et me dit que ça va revenir et que c’est inutile d’anticiper. C’est nul parce que je sais que ça va revenir et je ne peux pas empêcher ma tête d’anticiper, c’est comme si ça coulait dans mon sang. Mais il était là et il y avait ses bras, il n’a pas été adroit dans ses mots mais lui, la création, il ne sait pas, alors il a fait tout ce qu’il pouvait et ce qu’il peut c’est déjà beaucoup.

J’ai essayé de dormir plus mais mon sommeil m’échappe. Je dors, c’est déjà ça.

J’ai regardé la saison 4 de True Blood entre lundi après midi et ce matin. Douze épisodes de 52 minutes. Ajoutons à ça qu’on a terminé lundi soir la saison 3 de Sons of Anarchy et qu’on a avancé hier la saison 5 de Big Bang Theory, vous obtenez que je me passionne pour des séries assez différentes les unes des autres mais surtout que l’écran m’aide à m’anesthésier et que j’aurais dû accepter de commencer les vacances comme cela.

J’avais besoin de dire que j’allais mal pour commencer à lâcher prise. C’est en train d’arriver lentement, pas forcément au moment idéal puisqu’il faudrait plutôt que je sois sur le pied de guerre de notre départ vendredi à l’aube et que l’Homme travaillant, il m’incombe de préparer certaines choses et de faire quelques lessives. Mais il fallait que ça arrive.

J’ai tellement eu peur du Vide de la fin d’année couplée avec la fin des grosses tâches d’emménagement/déménagement que j’ai comblé ça n’importe comment, je m’en rends compte. On ne m’a, aussi, pas vraiment fichu la paix. Je n’ai pas su envoyer balader qui j’aurais dû aussi.

Je vais mieux. Je ne vais pas prétendre que je nage dans la béatitude mais je répare la digue qui a lâché dimanche.

Quelque part, je sais que je paie aussi le prix d’être restée enfermée dans cette ville. Ma dernière sortie des terres remonte à août dernier, un aller-retour en deux jours pour enterrer ma grand-mère, un road trip funéraire avec mon frangin. Trop long à rester ici. Surtout avec ce Noël particulier, avec les morts, avec les lourdeurs de la vie.

On part vendredi. Je prends des livres, des choses différentes, des états d’esprit. Je prends mon appareil photo, plusieurs carnets, de quoi écrire et dessiner. Je prends le droit d’être avec ma belle famille un peu sauvage et un peu solitaire qui j’en ai envie. Je prends des vacances.

Commentaires

1.AmyRépondre à ce commentaire par Amy
Le mercredi 7 août 2013 17:56
Bonnes vacances alors, j’espère qu’elles t’apporteront ce que tu désires…:)

A vau l’eau

 

J’ai raté un truc.

D’habitude, je tombe dans mes vacances comme Alice dans le terrier du lapin. Je passe le premier week-end sans dommage, puis dans la semaine qui suit, je m’écroule.

Je commence part dormir de plus en plus, n’entendant plus l’Homme se lever le matin, ouvrant un œil pour voir un 10 puis un 11 sur l’écran digital de la table de chevet.

Puis je m’abrutis à haute dose d’écran, le PC portable à porter de main pour tweeter ce qui me passe par la tête c’est à dire tout et surtout n’importe quoi, le lecteur DVD en surchauffe, incapable de faire autre chose.

Le plus souvent, je tombe malade. Rien de grave, une crève, parfois des maux de gorge qui me rendent aphone.

C’est l’inertie impavide qui clôt l’année scolaire.

Cette année, l’arrivée des vacances coïncidait avec la fin des grosses tâches d’aménagement de l’appartement. Je m’attendais à un double effet kiss cool, tomber plus loin, plus vite. J’appréhendais même le Vide, cette chose qui me prend parfois violemment quand j’ai terminé un projet particulièrement absorbant et que je rencontre un rythme différent, comme recrachée par un typhon de vie.

Mais voilà, environ trois semaines plus tard j’ai des yeux de ratons laveurs, cernés de noir. Je ne dors pas. J’ai le dos noué depuis le vertèbres cervicales jusqu’aux côtes flottantes comme si le tension existait dans mes os eux-mêmes. J’ai le systèmes digestif qui ne sait pas ce qu’il veut, je n’ai pas faim mais mange, j’ai soif et ne bois pas forcément assez. J’ai la peau qui gratte le moustique, la bouche qui sèche la canicule, le cervelet qui rate des connexions.

Je n’ai pas eu mon abandon des vacances, mon lâcher-prise et mon laisser-aller. J’ai passé des moments agréables mais je n’ai pas réussi à m’absenter de ma propre vie. Je fais des lessives et des rêves de boulot, j’ai une liste de rendez-vous toujours prête sur mon bureau, médecin, dermato, garagiste, famille, ophtalmo, famille, qu’est-ce qu’on va manger ce soir ?

Je suis irritable et irrité. Ce matin, nuit trop courte, j’ai la tête comme une gueule de bois. Ne pas oublier mon traitement, compter les boites et recommencer, noter « pharmacie » dans cette liste de choses à faire.

Je m’inquiète de trop mais rien n’est à jeter. Mes traitement, la place, les finances, le découvert. J’avais prévu un juillet joyeux le pinceau à la main. Laisse tomber, fille, pas les moyens pour les idées qui pétillent et un entre deux frustrerait encore plus. Assumer les charges, l’étanchéité du bâtiment B, l’audit énergétique, les échéances à ne pas rater sont notées sur la liste. Aucune surprise, on le savait, tout avait été chiffré. Mais prévoir ce n’est pas comme y être.

Partir. On me l’a proposé. De belles invitations à des retrouvailles ou des rencontres. J’ai décliné. Des tas de raisons. La plus grande : ne pas laisser l’Homme seul. L’Homme qui, si souvent, me porte, qui ces jours-ci emploie toute ses forces pour lui-même, à court pour partager. Un coche de raté, il avait besoin de ne pas être seul, moi j’aurais eu besoin de changer d’air pour décrocher. Trop tard pour le comprendre…

On litanie autour de ça : départ vendredi matin. Cinq jours. J’ai réservé un hôtel, repéré la route. Je commence à vider le frigo, je pense aux bagages. Je commence à accumuler la patience qu’il va me falloir parce que lui va s’occuper de tout en dernier instant. C’est comme ça qu’on fonctionne depuis maintenant huit ans et que ça marche. Je ne veux pas changer, je me demande simplement où est cette patience si naturelle d’habitude, qu’est-ce que j’ai perdu de moi-même et quand, sur quel chemin ?

Je ne sais pas où se cache l’énergie que je sais d’habitude déployer. Ce n’est pas qu’une question de fatigue, le manque de sommeil n’a jamais rendu mes doigts secs à toutes créations. Il y a comme un « demain, demain toujours demain » qui flotte autour de moi et je suis comme engluée. Même pas malheureuse, triste ou désespérée. Juste… piteuse, usée, faible, sèche, malencontreuse.

Et cette épilepsie qui ne cesse de se rappeler à moi à moins que ce ne soit moi qui la cherche. J’identifie les adjuvants à la crise alors je la vois venir ou est-ce que j’appréhende la crise donc elle survient ? Une vraie question, aucune réponse, ou quelque chose entre les deux.

Maintenant, j’ai l’impression d’avoir gâcher un précieux temps de vacances et j’appréhende celles à venir, loin du cocon qui enferme un peu mais protège beaucoup, loin de ce temps-là, seule avec ma tête et laissant peut-être peser trop un « il faut profiter » juste mais qui ne devrait pas être lourd.

Je ne sais pas très bien où mais j’ai raté un truc.

Commentaires

1.AnnaRépondre à ce commentaire par Anna
Le dimanche 28 juillet 2013 16:31
J’aimerais avoir la clé toute prête… Mais je soupçonne que chacun a la sienne, et que tu trouveras celle qu’il te faut. *hugs* flower

2.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 29 juillet 2013 08:32
@Anna : Pour l’instant j’ai surtout pleuré un bon coup dans les bras de l’Homme, écrit ceci et discuté un peu avec mon père au téléphone qui, pour une fois, a eu l’air d’avoir compris.
J’ai l’impression que commencer par dire « Arrêtez d’imaginer que je suis toute fraîche et sereine, je ne me sens même pas en vacances » me fait du bien et participe d’un lâcher prise…
3.faelysRépondre à ce commentaire par faelys
Le mardi 30 juillet 2013 15:51
dans la montagne de billets sur mon reader, le tien émerge par hasard et je me sens touchée sans te connaitre. à la fin de ton billet tu sembles déjà avoir moins de poids sur les épaules qu’au début. tu fais peut être partie de ceux (nombreux), dont la tête va plus vite que le corps qui fait ce qu’il peut..(et je sais de quoi je parle). alors courage, sourires et une grande pensée pour toi depuis chez moi!

4.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mercredi 31 juillet 2013 11:25
@faelys : Merci pour les douces paroles, Faelys. Écrire soulage. Pleurer un coup dans les bras de l’Homme ensuite aussi. Comme tout le monde, j’ai des jours sombres… Que ma tête aille plus vite que mon corps ? Totalement. J’ai même l’impression parfois qu’il y a différent niveau dans ma tête et que l’un va plus vite que les autres au point que je ne le saisie presque jamais…
Quelques jours après, ça va mieux.
5.faelysRépondre à ce commentaire par faelys
Le mercredi 31 juillet 2013 20:24
« ça va mieux »; des mots importants qui font plaisir à lire. les hauts et les bas font partie de notre quotidien et nous font relativiser. belle suite en haut le plus longtemps possible!! 😉

Du lundi au vendredi

J’ai vécu une semaine étrange.

Etrange, lundi, le retour en terre natale, ce pays de l’enfance si proche géographiquement et qui m’emmène pourtant chaque fois si loin de tant de choses.

Etrange, mardi, le séïsme venu de quelques part dans mes entrailles pour jaillir dans la vide de l’appartement, en pleine journée, quand seule.

Etrange, mercredi, décider de geeker des choses simples et réussir à n’en faire que du n’importe quoi, planter tous les blogs, Fatal Error, lit le forum et essaie encore.

Etrange, jeudi, l’appartement de la vieille tante, trois vies d’affaires, le palais de la découverte insolite, rigolote, kitch, effrayante, écœurante, aguichante, en accumulation, drôle, nostalgique. Etrange de vider l’appartement de cette personne que je n’ai pas connu, qui ne m’est rien qu’un nom dans la saga familiale et tomber, au détour d’une boite à courrier, sur un voilier caractéristique des aquarelles de mon grand-père, les visages familiers des cousins au milieu de vieilles photos, un courrier qui porte mon nom car l’arrière-grand mère et moi partagions le même, elle d’usage et non pas d’état civile, mais tout de même. Etrange d’essayer des vêtements comme aux soldes alors que quand même, elle est morte. Etrange qu’il n’y ait là pas vraiment d’atmosphère de respect car elle a su se faire déprécier et que ceux qui l’aimaient ne sont pas ceux qui vident.

Etrange, ce matin, me confondre dans les heures et partir en catastrophe, jouer les grandes chez la banquière et les minettes chez Renault, revenir le cabas plein et un brun d’humour, décider que merde, ça va pas là, je m’enterre dans un problème qui a la base n’est pas une équation si compliquée, ne pas démordre, quitte à expédier les cakes, d’une solution et trifouiller sous le tweet vigilant de mes anges gardiens dotcleariens jusqu’à ce que, ouf, ça marche ! Et la voiture est révisée, et les cakes sont chauds.

Etrange, le départ précipité et presque violent de l’Homme ce soir, ces attitudes qui me donnent envie de le fuir et de l’aimer encore plus tout à la fois. Histoire de famille.

Etrange, je ne sais trop. L’écriture fuyante, la tête à rien, la nuit moite à en manger les draps, les idées saugrenues comme un œuf apocalyptique cuit au plat sur les dalles du balcon, les trucs qu’on rangent, les allumettes comme s’il en pleuvait mais au fond des tiroirs et non pas des yeux, l’odeur du camphre encore dans ma bouche, la quête du brin d’air, et des pointillés sur une carte routière.

Quoi de neuf docteur ?

 

Il y a peu, j’ai été amenée à consulter un médecin. Outre les visites régulières chez mon psy et les contrôles trimestriels chez ma neurologue, je me passe convenablement du corps médical. Je ne suis pas du genre à zapper les visites de routine chez l’ophtalmo ou le gynéco mais je suis de celle qui s’automédique volontiers.

Or, ces derniers temps, ma cheville faisait des siennes. Une sensation qui n’explosait pas le dolorimètre mais qui était devenue permanente.

De plus, la Tache ne se délogeant pas d’elle-même et l’été venant, je m’inquiétais vaguement de l’hôte de ma malléole.

Il se trouve que depuis quelques temps, je cherche à remplacer mon médecin traitant pour quelques raisons dont la principale demeure qu’il persiste, malgré le diagnostic formel de ma neurologue, à m’attribuer une spasmophilie en lieu et place de mon épilepsie.

Et il se trouve de plus qu’un médecin est installé deux blocs plus loin que le mien dans notre résidence.

L’occasion était trop belle.

Je lui ai donc emmenée mes guiboles en examen. Pour la douleur, il a prescrit radio et écho. Pour la tache, avec bien peu de conviction, une crème contre l’eczéma à titre de test dans l’idée de demander un avis dermato si aucun progrès.

Je signe un chèque, je passe à la pharmacie, je prends rendez-vous dans un cabinet de radio.

Sage, j’applique matin et soir la crème. Je sais déjà qu’elle n’aura aucun effet. De l’eczéma, j’en ai déjà vu. Sur des adultes, des nourrissons et même sur ma belle-mère. La Tâche n’est pas de l’eczéma, j’en suis convaincue. Mais j’ai gardé un côté « bon élève ». Je ne vais pas souvent chez le médecin mais si j’y vais, c’est pour faire ce qu’il me conseille, sinon, je n’y vais pas. Enfin, plus ou moins.

Radiographiée, échographiée et empommadée, je retourne le voir une semaine plus tard. La douleur n’est ni osseuse ni articulaire. La Tâche, elle, est restée identique si ce n’est que la pommade me démange un peu.

Le médecin me déclare alors qu’il se doutait bien que ce n’était pas de l’eczéma et que ma douleur est une tendinite (ça tombe bien, le radiologue m’avait déjà proposé ce diagnostic). Je ressors de là avec un mot doux pour la dermato, un anti-inflammatoire pour ma cheville et de sérieuse mises en garde sur les risques de celui-ci de s’attaquer à mon estomac.

A cet instant, ça fait une semaine que je passe une crème sur mon pied, délivrée sur ordonnance et remboursée par la sécurité sociale, alors que le médecin savait plus ou moins qu’elle ne servirait à rien.

Je vais acheter cet anti-inflammatoire et voilà que la pharmacienne me remet une tartine sur l’indispensabilité de ne jamais au grand jamais avaler le dit médoc à jeun. Je suis à deux doigts de le laisser sur le comptoir mais elle a déjà tout enregistré et me tend ma carte vitale.

Rendue chez moi, j’examine la boite. Un cachet par jour pendant sept jours. La boite compte 3 plaquettes de 10. Il n’y a pas de format plus petit.

Je lis la notice mais n’apprends rien de particulier sur ce médicament miracle, traitement de choc pour ma tendinite qui n’était qu’à associer à 15 jours de repos (pas trop de marche et éviter la station debout).

Sauf que pour moi, un anti-inflammatoire, ça soigne pas. Toute la génération Il était une fois la vie sait très bien comment ça fonctionne. Quand on a mal, il y a un messager à la tête de spermatozoïde (pour l’aérodynamisme) et ayant piqué son froc à un schtroumpf qui traverse notre corps à une vitesse supersonique pour apporter un papier à notre cerveau et là, Maestro lit le message et informe l’organisme qu’on a mal.

Et l’anti-inflammatoire, principalement, il intercepte les messagers. Du coup, t’as mal mais ton cerveau ne le sait pas donc t’as pas mal.
CQFD.

Où est-ce que je veux en venir ? A la question que j’ai posé au médecin « C’est tout ? Et si j’ai encore mal après ça ? »

Et là, je vous le donne en plein dans le mille, l’homme, certain de son traitement, me dit… que je n’aurai plus mal. Mais que si vraiment ça ne va pas, je peux toujours revenir le voir.

Dopée au anti-inflammatoire et l’estomac plâtré par une autre médicament, je m’en vais donc voir ma dermato.

Elle examine la Tâche et quand je lui dis que le médecin a pensé à de l’eczéma, elle a un petit sourire qui signifie que même un généraliste ne pouvait pas s’y méprendre.

« C’est une capillarite purpurique » me dit elle en enlevant ses gants et en en restant là, comme si ça disait tout.

Mon expérience personnelle m’amène à classer les médecins en deux catégories : ceux du cabinet desquels on sort avec une ordonnance très pointue mais qui ne donnent pas de nom à votre maladie et ceux qui vous donnent le nom et attendent de vous que vous sachiez tout ce qu’il en découle. Et les deux se plaignent que les gens se documentent trop par eux-mêmes via Internet. C’est vrai qu’on commet généralement l’erreur de ne pas posséder une encyclopédie médicale à domicile.

« Euh, et qu’est-ce que c’est au juste ? » je demande quand même. S’en suis un explication assez technique dont je retiens une histoire de vaisseaux et de circulation sanguine. « Et ça se traite ? » que je continue de demander. Faut dire qu’elles sont pointues mes questions, hein, elle risquait pas de les anticiper. « Ah ben ça dépend ». Je pense que mon agacement s’est lu sur mon visage parce que je n’ai pas eu à demandait de quoi ça dépendait. « Vous avez des problèmes de circulation ? Et dans votre famille ? Parce que bon, pour la circulation, il y a des traitements. Je vais vous prescrire quelque chose ». Et elle change de pièce pour s’assoir à son bureau.

Je rappelle à la foule (hum) que j’étais venu consultée pour une tache rougeaude sur ma malléole, hein, pas pour des soucis circulatoires.

– Non mais la tache, ça se traite ?

– Ah ben non ça c’est trop tard. ça va s’estomper un peu mais là où c’est le plus rouge ça restera. Mais vous savez, j’ai des patients, ça leur fait comme des chaussettes hautes qui prennent le pied et tout le mollet.

Alors ok, elle est dermatologue, pas psyquelquechose. Mais elle me voit, là, moi, jeune fille de moins de 30 ans, qui a une tache de 6 cm sur 4 environ au niveau du pied à un endroit où c’est impossible de le cacher en tongs, sandales, escarpins ou plus ou moins tout ce qui se fait comme chaussures basses. Et elle me balance tout de go que je peux m’assoir sur l’idée que ça disparaisse et me faire à celle que ça peut empirer.

– ça signifie que j’aurais forcément d’autres taches du même genre sur les jambes ou les pieds ?

– C’est possible.

– Et qu’est-ce que je peux faire ? Pour éviter que ça se reproduise ?

– Ben je vais vous prescrire quelque chose pour la circulation. Mais ce sera pas remboursé, évidemment.

Je vous passe la fin de l’entretien dans lequel j’ai persisté avec mes questions même si elle m’a fait sentir que ça l’agaçait. J’ai réussi à comprendre que je n’aurais pas forcément d’autres marques mais que je vais devoir apprendre à vivre avec La Tâche. Cette dernière nouvelle ne me traumatise pas mais elle ne pouvait pas le savoir quand elle m’a balancé la nouvelle à la tronche.

Je ressors de chez elle avec une nouvelle ordonnance. Deux produits, aucun remboursés. C’est cool, je vais arrêter de creuser le trou de la Sécu. Je passe à la pharmacie et m’informe des prix et de l’existence éventuelle de produits génériques. Très sympathique, la pharmacienne tapote sur son écran et vérifie dans ses rayonnages. Pour le premier produit, un médicament prescrit pour le « Traitement des manifestations fonctionnelles de l’insuffisance veino-lymphatiqu e: (jambes lourdes, douleurs, impatience du primo-décubitus) » (merci Doctissimo), elle ne trouve pas de générique et préfère ne pas prendre de liberté par rapport à l’ordonnance étant donné qu’il existe d’autres médicaments pour le même type de symptôme et qu’elle ignore pourquoi le médecin a choisi celui-là plutôt qu’un autre, et qu’il n’y a rien de strictement équivalent. Je me range à son argument. 12 euros pour un mois. Le traitement doit en durer 2. Youpi.

On passe au 2e produit. La pharmacienne fait une grimace en m’annonçant : « Celui-là il est à 21 euros ».

Je me suis marrée.

Vraiment.

Parce que ce produit était une crème destinée à hydrater la peau de mes jambes et mes pieds que la dermatologue avait trouvé à juste titre très sèche.

« – Vous vous en occupez ?

– C’est-à-dire ?

– Vous les hydratez ?

– Oui.

– Régulièrement.

– On peut dire ça, régulièrement mais peut-être pas assez souvent.

– On va essayer un produit plus fort alors. »

Plus fort que quoi ? Non parce qu’elle ne m’a pas demandée ce que j’utilisais comme produit. Ma réponse laisse entendre que je ne prendrais pas en otage une vendeuse de chez Body Shop pour un flacon de crème hydratante, certes, mais après tout, je peux m’en occuper pas si souvent mais le faire bien.

En fait, je crois que j’avais épuisé mon temps de conversation en posant des questions stupides comme « est-ce que je peux exposer la tache au soleil ou pas ? »

J’ai demandé à la pharmacienne si à ce prix, on avait une séance de massage avec la crème. On s’est pris un fou-rire dans le dos du patron et elle m’a demandée, maintenant qu’on était super copine, pourquoi la dermato m’avait prescrit ce produit là. Je lui raconte mon histoire de peau de crocodile, avec en illustration mais jambes nues (parce qu’en robe), et elle me demande… ce que j’utilise comme produit hydratant et tous les combien.

La pharmacienne, celle qui a tout intérêt à me vendre son truc pas remboursé par la sécu donc dont ils fixent eux-mêmes le prix, me pose la question qui aurait dû être celle de la dermato.

Je lui réponds, elle fait une petite mou et un ton plus bas parce que le fils du patron rodait par là (le fils du patron, il est censé bosser là mais en vrai, il rode) (cela dit, c’est peut-être ça son boulot, roder, allez savoir) « Ecoutez, utilisez ces produits là mais tous les jours pendant un temps, deux fois par jour si vous pouvez, et si vraiment il n’y a pas de progrès, revenez et on verra à passer sur autre chose mais je ne comprends vraiment pas la prescription de votre médecin parce que ce médicament, c’est pour les cas où il y a des problèmes de démangeaisons sérieuses ».

Je pars donc avec mes pépins de raisin à 12 € sous le bras et un sourire pour ma pharmacienne.

Arrivée à la maison, je fais un peu le tour des échantillons que j’ai glané ici et là et je repense à la dermato sur le pas de sa porte « Ah, et puis vous évitez les gels douches qui sentent, tout ça, évidemment ».

Je crois que c’était censé me parler parce qu’elle m’a ajouté ça après m’avoir dit au revoir.

Pas des masses, j’avoue.

Rendue chez moi, il se trouve que, hasard de calendrier, j’avais terminé mes sept jours d’anti-inflammatoire la veille. Et voilà que ma cheville se rappelle à mon bon souvenir. Je ne suis pas tout à fait au bout des quinze jours de repos relatif mais elle recommencé à me faire mal. Cette fois, c’est Shaya via Twitter qui m’a expliquée que patience, repos et longueur de temps plaisaient à l’évanouissement d’une tendinite.

Au final, j’ai des clichés de mon pied sous trois angles différents, une écho de toute l’articulation de ma cheville, une boite d’anti-inflammatoire quasiment pleine, un tube de crème anti-eczéma à peine entamé, deux visites chez un généraliste et une chez une dermato.

Je vais m’occuper sérieusement d’hydrater ma peau mais si je dois dépenser 21 euros, j’avoue que je préfère le faire chez Lush.

Je crois que je ne vais pas me presser de retourner voir un médecin…

Puis que je vais tirer quelques conclusions de toute cette histoire. C’est moi, ou il y a un truc qui cloche ?

Commentaires

1.LilyRépondre à ce commentaire par Lily
Le lundi 22 juillet 2013 00:55
J’adore les docteurs qui ne prennent pas la peine d’expliquer, ça me donne toujours envie de ne pas me donner la peine de les payer…
Pour ce qui est de l’hydratation, je te conseille de rester chez The body shop, ou choisir le petit marseillais, mais pas Lush, c’est pas sérieusement hydratant… :)
(j’ai aussi une « Taches » à assumer, sur le dos de la main et je te confirme que c’est la circulation du sang : vaisseau fin + choc = tache… et ça ne s’en va pas (ou peu) en tout cas pas encore au bout de 10 ans, et pourtant elle est petite… )
4.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 22 juillet 2013 11:01
@Lily : Ce qui me gène surtout c’est que dans l’absence d’explication, il y a insuffisance de traitement. L’un me file des anti-inflammatoire mais on n’a pas causé chaussures à porter, position à éviter, etc alors que je constate bien qu’il y a des mouvements que ma cheville accuse pas très bien donc il y avait sans doute à me dire là dessus. L’autre, elle ne me dit rien de plus sur la circulation que « prenez 2 cachets par jour » alors que pour avoir une famille spécialiste de ce genre de problèmes, je sais qu’il y a d’autres choses à faire.

Pour Lush, j’ai jamais testé, je donnais ça comme exemple. Je ne me ruine pas chez The Body Shop par contre. J’ai le bon vieux lait Mixa qui fait ses preuves depuis quelques générations. Et pour les pieds, je teste une crème que j’ai eu en cadeau chez Yves Rocher. :))

La Tâche, le truc, c’est que c’est pas suite à un coup. ça me traumatise pas mais elle me l’a balancée comme ça sur le ton du « Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? » Ben, je sais pas, c’est vous le doc, Doc (comme dit l’autre)

2.Sacrip’AnneRépondre à ce commentaire par Sacrip'Anne
Le lundi 22 juillet 2013 09:57
Ton billet me rappelle à quel point j’aime mon généraliste. Oui oui, malgré son côté bougon !!!

Je ne sais pas si ce sont les malades qui, frustrés de sortir avec des ordonnances trop courtes, ou les médecins qui ont commencé mais c’est vrai que c’est agaçant / frustrant et autres qualificatifs pas très positifs…

Quant à la tendinite, oui, j’ai le regret de te dire que patience et longueur de temps. Ma dernière en date s’estompe enfin pour de vrai et elle a un an.

5.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 22 juillet 2013 11:17
@Sacrip’Anne : Heureusement, il y en a des bons. Là je râle contre ceux là mais j’ai un super ophtalmo, une chouette gynéco, une bonne neurologue et un bon psychiatre. Je ne jette pas tout le corps médical en bloc.

Ce que je ne comprends pas c’est que je ne suis pas le genre de patiente qui réclame un traitement. Si pour ma première visite le médecin m’avait dit qu’il préférait un avis dermato pour la tâche, ça m’aurait convenu. D’ailleurs, sans ce parcours coordonnés à la noix, j’y serais allé directement, chez la dermato.
S’il ne m’avait rien prescrit pour la tendinite en me disant qu’il fallait du repos, j’aurais accepté le traitement. Pour la dermato, si elle m’avait dit « lait ou crème hydratant à votre convenance 2 fois par jour », ce n’est pas parce que ça ne s’achète pas en pharmacie que j’aurais sauté au plafond.

Le pire c’est que je vais pas changer de dermato. Parce que la précédente ne me convenait pas non plus totalement, celle d’avant idem. Pour le généraliste, il y en a un autre pas loin. Je vais aller voir mais même s’il est dans le même genre je vais finir par prendre un de ces deux là comme médecin traitant.

Parce que c’est ça ou les perles mais jusqu’ici, les perles que j’ai croisées, elles étaient pas conventionnées. J’avais une bonne généraliste qui était très branchée homéopathie, qui était du genre à te prescrire « prenez l’air, allez en montagne puisque vous aimez ça, trouvez vous un cheval à qui grattouiller le nez » mais elle n’exerce plus. Et je n’étais remboursais qu’à moitié de ses consultations…

Je vais être patiente pour la tendinite. C’est pareil, ça, ça me gène pas « soyez patiente » ça m’irait comme ordonnance. Mais pourquoi est-ce qu’il faut que ce soit Shaya ou toi qui me le disiez ? 8-)

13.ShayaRépondre à ce commentaire par Shaya
Le lundi 22 juillet 2013 21:37
@Lizly : les médecins ont souvent l’impression que les patients sont déçus s’ils n’ont pas prescrit un médicament (ou un examen) et celui ne te connaît pas (en fait vous ne vous connaissez pas devrais-je dire) donc il a sans doute « anticipé » au lieu de risquer ton déception voire ton courroux s’il te disait juste « faut attendre et repos » (et ce faisant mal fait).
(ou alors comme je t’ai dit il est juste quiche en tendinite ce qui est le cas de pas mal de doc)SINON OH MON DIEU J’AI OUBLIÉ DE TE DIRE : paaaaas de chaussures plates ! Surtout pas que des chaussures avec des petits talons (même 1cm) pour soulager tes tendons. (ciao les tongs) (désolée)

16.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mardi 23 juillet 2013 11:14
@Shaya : Han ! Privée de tong, de tropéziennes, de sandalettes ! Euh, en fait, là on a fait le tour de mes chaussures d’été donc… Et des 5/8e de mes chaussures, parce que mêmes les fermés sont plates. 1/8e a des talons de 8 à 12 cm donc est éliminé aussi. Les 2 autres 8e sont mes baskets, chaussures de marches et bottes…
Je suis mal barrée ! Et marcher pieds nus à la maison, alors, c’est non aussi ?Pour le reste, le médecin n’est-il pas censé ne pas se laisser dicter son comportement par son patient ? S’il est convaincu que le repos est la solution, il doit proposer du repos. Qu’il ajuste ensuite s’il voit que le patient réagit mal, mouais, à la limite.

Donc pour moi, qu’il soit une quiche en tendinite ou qu’il préfère risquer de me démolir l’estomac plutôt que de risquer mon courroux pour absence de traitement, il y a un vrai problème.

19.ShayaRépondre à ce commentaire par Shaya
Le mardi 23 juillet 2013 19:06
@Lizly : ben si il devrait ne pas se laisser dicter sa conduite mais ce n’est pas aussi simple …

20.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mercredi 24 juillet 2013 09:38
@Shaya : Je reste offusquée :-c Mais pas contre toi bien évidemment :P

14.ViolletteRépondre à ce commentaire par Viollette
Le mardi 23 juillet 2013 09:53
@Lizly : La plupart des généralistes chez moi sont saturés et n’ont pas trop le temps, et ont constaté que beaucoup de patients les jugent incompétents s’ils ne font pas une ordonnance (ou ne prennent pas la tension). Mais peut-être que ça vaudrait le coup d’écrire ce que vous attendez d’un médecin, en particulier votre médecin traitant, et de venir le voir en commençant par lui expliquer ça : « je veux que vous me disiez ce que j’ai et que vous m’expliquiez simplement en quoi ça consiste. Si le meilleur traitement est du repos je veux que vous me le disiez, je serais ravie de sortir de chez vous sans ordonnance. » Certains le prendront peut-être mal mais ça vaudrait le coup. Ce sera d’autant plus important quand vous déciderez d’avoir un enfant, autant pour votre suivi de grossesse (quoique vous avez peut-être de bons rapports avec votre gynéco), que pour le suivi de votre enfant…

17.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mardi 23 juillet 2013 11:49
@Viollette : Pour le suivi grossesse, j’ai une gynéco fiable et avec laquelle le contact passe bien mais c’est vrai que le généraliste reste un interlocuteur…

L’idée d’écrire mes attentes me plait mais débarquer pour la première fois chez un médecin en lui disant « j’attends ceci, j’attends cela », c’est aussi un moyen de passer pour une chieuse et de se voir réorientée vers un autre cabinet…

Je vais réfléchir à tout cela avant d’aller voir le prochain…

3.AmyRépondre à ce commentaire par Amy
Le lundi 22 juillet 2013 10:51
Je déteste taper sur toute une catégorie de personnes, ce n’est pas mon style, mais… je n’ai encore jamais trouvé de médecin qui me correspondait à tout point de vue, avec lequel j’avais l’impression d’être écoutée, conseillée, et tout ce qui va avec.

6.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 22 juillet 2013 11:21
@Amy : Qu’on soit d’accord : mon billet ne tape pas sur tous les médecins d’une façon générale, hein. Mais force est de constater que mon expérience personnelle qui s’étend au delà d’un post n’est pas encourageante.
Si, en fait, mon pédiatre. Ils nous a gardé jusqu’aux 18 ans de mon frère, après, il n’avait plus trop le droit de s’occuper de nous, puis il est parti à la retraite.
Depuis, je cherche. Ma belle-mère me fait l’éloge de la sienne mais elle m’avait fait l’éloge de la dermato aussi… Et partager mon médecin traitant avec ma belle-mère, ça me dit moyen, j’avoue.
7.ViolletteRépondre à ce commentaire par Viollette
Le lundi 22 juillet 2013 11:37
J’ai souvent entendu dire que les tendinites étaient liées à « pas assez boire », c’est d’ailleurs en réduisant brutalement ma consommation que j’en ai eu une au poignet. Par contre, mon médecin à moi m’a immédiatement prescrit une atèle à porter en continu pendant une semaine puis la journée pendant la semaine suivante, et éviter de forcer dessus pendant 15 jours. Evidemment, avec un bout de chou de 18 mois, éviter de forcer sur le bras avec lequel je le porte pour faire tout le reste de l’autre main, c’était pas gagné, mais ça avait au moins eu le mérite d’être dit. Et elle m’a prévenu qu’en cas de grosse fatigue la douleur pouvait revenir.

10.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 22 juillet 2013 20:00
@Viollette : On ne m’a pas parlé d’hydratation… Je comprends qu’il n’ait pas opté pour l’atèle par contre, je n’ai pas très mal, c’est une petite tendinite.
Bon, ben puisque boire est bon pour la circulation, allons-y gaiement sur la bouteille. ^^
Mais tu as raison, ton médecin au moins a été clair.
8.AnnaRépondre à ce commentaire par Anna
Le lundi 22 juillet 2013 13:08
C’est navrant. Je suis navrée. *insérer ici un gros soupir*

11.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 22 juillet 2013 20:00
@Anna : flower

9.AnnaRépondre à ce commentaire par Anna
Le lundi 22 juillet 2013 13:48
Ah si, un détail. Je ne suis pas sûre de ton interprétation de l’action d’un anti-inflammatoire. Il me semble qu’un anti-douleur agit comme tu le dis (bloquer le « message » de la douleur), mais qu’un anti-inflammatoire, en plus, empêche l’inflammation des tissus, ou quelque chose dans ce goût-là. D’où l’intérêt pour la tendinite, en tout cas c’est ce que j’aurais dit, spontanément.

12.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 22 juillet 2013 20:05
@Anna : Il faut que je révise mon « Il était une fois la vie » tu crois ? 8-)

15.ViolletteRépondre à ce commentaire par Viollette
Le mardi 23 juillet 2013 10:05
@Lizly : effectivement, voici l’explication d’un médecin (docmaman, sur canalblog si vous la cherchez) « Point éducation thérapeutique : l’ibuprofène est un anti-inflammatoire. Pour résumer, il agit en limitant la réponse inflammatoire de l’organisme, c’est à dire effectivement la douleur et l’œdème, mais également la réponse immunitaire. Ce qui pose moyen problème en cas d’entorse ou de douleurs de règles, mais qui peut devenir fort fâcheux en cas d’infection, les bactéries profitant de ce mécanisme de défense freiné pour s’installer confortablement. » Si je comprends bien, un simple anti-douleur comme le paracétamol n’aiderait donc pas un œdème à se résorber, une tendinite à guérir. Par contre, il ne faut pas prendre d’anti-inflammatoire en cas d’angine, grippe, bronchite… (sauf si la fièvre est tellement forte que le paracétamol ne suffit pas)

18.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mardi 23 juillet 2013 11:49
@Viollette : Ah, ben voilà. Merci d’avoir cherché cela !

21.ViolletteRépondre à ce commentaire par Viollette
Le mercredi 24 juillet 2013 12:12
@Lizly : Un autre truc pour ta recherche d’un médecin traitant : évite de dire trop vite que tu es prof, même doc, il paraît que ça les impressionne (surtout si en plus tu as fait une thèse). C’est ce que raconte DocMaman dans l’article que j’ai cité. Evite aussi, si c’est ton cas, de dire qu’il y a des professionnels de santé dans ton entourage. Par contre, quitte à passer pour une pénible, tu peux carrément lui demander s’il apprécie Martin Winckler, pour moi ce serait un indice que ce médecin peut me convenir (question que tu peux aussi poser à ton gynéco, avec en bonus « que pensez-vous de Bernadette de Gasquet », à poser aussi quand vous prenez contact avec la maternité que vous visez. Une « table d’accouchement de Gasquet » est une exigence généralement intenable, mais s’ils apprécient ses vues, c’est déjà pas mal)

22.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mercredi 24 juillet 2013 13:00
@Viollette : C’est délicat de ne pas dire son métier, en général, ils le demandent. Là, pour ma tendinite, ça faisait partie du diagnostic à savoir si je faisais un métier qui m’imposait la station debout.
Pour les professionnels de santé, ça, c’est bon.
Pour ce qui concerne la maternité, ce n’est pas d’actualité mais je note pour plus tard.
Merci pour tous tes conseils.

La discussion continue ailleurs

1, 2, 3, 4 jeudi

 

Jeudi citation

« L’autre jour l’Enchanteur leur racontait que l’eau est présente sur Terre depuis sa création et par l’effet du cycle de l’eau, est la même depuis le début. Evaporée, plue, bue, pissée.

Et que donc (en servant une tournée de verre d’eau), nous sommes parvenus à la conclusion que toute l’eau qu’on buvait avait un jour ou l’autre été pissée par un dinosaure.

Depuis et bien évidemment, la notion de pipi de dinosaure est devenue courante à la maison. »

Sacrip’Anne

Jeudi série
Je ne fais jamais de critique de films ou de série comme je peux le faire avec les livres. Pourtant, j’en vois pas mal. Moins que je ne lis peut-être…

En réalité, je crois que je ne me sens pas la légitimité. Pour les livres si parce que c’est un peu mon boulot aussi quand même et parce que j’ai les mots, la formation, la façon de faire. Pour l’audiovisuel… mais pas que. Je ne vous parle pas des pièces de théâtre que j’ai vu, de la musique que j’écoute. Je ne sais pas quoi dire à part « j’ai aimé ». Même pour les résumés, je me sens foireuse.

Toujours est-il qu’on s’est avalé en quelques jours la saison 1 de Sons Of Anarchy avec l’Homme et que c’est une très bonne série avec des Harley et du cuir dedans. Et qu’avant ça on a avalé l’intégral de Deadwood qui est une très bonne série avec du whisky, des prostitués et des chevaux dedans.

Jeudi point proprio

Quand on s’est installé l’Homme et moi dans ce nouveau chez nous, on nous a posé plusieurs fois la question « Alors, qu’est-ce que ça fait d’être propriétaire ? ».

Sur le moment, on l’a bien avoué pas grand chose. Certes, on est chez nous, mais on ne se sent pas plus chez nous que dans l’appartement que l’on louait.

Maintenant qu’il ne reste plus que 238 mensualités à payer à la banque #hum, qu’on a payé le dernier appel de charge de l’ascenseur dont on n’avait pas voté l’installation, les charges trimestriel, qu’on a fait faire des travaux et que je suis dans l’attente d’un appel du plombier du syndic pour un bouchon dans la colonne d’évacuation, je pourrais répondre qu’être propriétaire, ça coûte cher et ça prend du temps.

« Mais au moins, vous êtes vraiment chez vous ? » (j’anticipe les commentaires) Alors non, en fait, je suis chez moi mais pas mal chez la banque, hein, quand même.

Mais je me suis réveillée indécemment tôt un jour de vacances donc je suis d’humeur verre à moitié vide.

Jeudi 2.0

– Sur Twitter, j’ai demandé à ma TL des titres pour renouveler un peu ma playlist du quotidien. Noé m’a fait découvrir un très beau texte à défaut qu’Internet ne me fournisse l’interprétation originale. A défaut de la version de Bernard Haillant, celle de Jean-Marc Le Bihan Ca fait grincer des dents, merci #youtube.

– Vous voulez des nouvelles de dotclear ? Y en a sur le blog, sur twitter (dotclear, welovedotclear, planetdotclear et dotaddict pour les plus mordus) et y a même un Facebook Officiel (chez dotclear ça craint degun).

– Dans les posts à ne pas rater, il y a « Une simple paire de fesses » d’Anna Musarde (pour lequel je poke Hephaïstos639 qui déclaré en toute ironie il y a peu au sujet de sa fille : tweetsebbebe.JPG

et dans un registre plus sombre, la mort n’attend pas sur Cube Santé

– Le 12e jeu d’écriture est terminé. Il y a plein de bonnes choses à lire dont on retrouve le récapitulatif ici.

1.Sacrip’AnneRépondre à ce commentaire par Sacrip'Anne
Le jeudi 18 juillet 2013 14:16
J’avais cette notion de « maintenant on possède la poignée de porte des toilettes », à peu près à date équivalente :)

3.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le vendredi 19 juillet 2013 17:06
@Sacrip’Anne : Le mari de mon Amie Lune a calculé que, en tenant compte du prêt mais aussi des charges, de la taxe foncière, d’habitation, etc, une nuit chez eux leur coûte 84€ soit une nuit avec petit déjeuner dans un hôtel convenable.
Cela dit, je crois que je commencerais à me sentir propriétaire quand on aura fini de rembourser les intérêts du prêt et qu’on s’attaquera au prix de l’appartement en lui-même.
2.AnnaRépondre à ce commentaire par Anna
Le vendredi 19 juillet 2013 11:47
Merci pour le lien, et j’aime beaucoup la citation de Sacrip’Anne !

4.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le vendredi 19 juillet 2013 17:07
@Anna : Pas de quoi, j’ai beaucoup aimé ton article. Tu ne penses pas qu’il y aurait un album pour enfant à faire avec l’idée du pipi de dinosaure recyclé ?

 

Dans notre nouveau chez nous

 

Dans notre nouveau chez nous, pour commencer, on se sent chez nous. On s’est très vite senti chez nous. Presque tout de suite. Peut-être pas comme une évidence mais avec l’idée que nous étions fait les uns pour l’autre.

Dans notre nouveau chez nous les voisins médisants (il y a toujours des voisins médisants) laissez sous-entendre que bientôt, côté bruit, nous comprendrions qu’il y a de quoi se plaindre avec un petit geste de tête vers les étages supérieurs. La vérité c’est que deux des voisins du dessus ont entre 7 et 10 ans (à la louche) et que des fois, ils jouent, des fois ils courent et tout le temps se sont des enfants. Et la vérité c’est que je suis bien plus agacée par les films matés sur la terrasse le son bien fort par les voisins du dessous sur leur terrasse que par des gosses qui font slaper leurs chaussons le soir avant de se coucher. Mais j’ai cru comprendre qu’il est d’usage de critiquer les locataires avant les propriétaires.

Dans notre nouveau chez nous, il y a des courants d’air, des vrais, qui font claquer les portes et les fenêtres alors on apprend à poser les cales portes et à faire attention quand on ouvre les volets. Et on savoure de ne plus cuire à l’étouffé.

Dans notre nouveau chez nous, il y a une chambre verte. Ce n’est pas la chambre verte de mon enfance, celle de la maison de campagne de ma grand-mère dans laquelle tout était vert, des murs au meubles, des tableaux au teint des personnes. C’est une pièce de passage mais on s’y installe peu. C’est la chambre pour mettre les amis dedans quand ils passeront.

Dans notre nouveau chez nous, il y a un bouchon dans la canalisation et des fois je me demande si un jour je n’aurai plus à me préoccuper de l’installation de cette cuisine. J’hésite entre rappeler le plombier et contacter un exorciste. A méditer.

Dans notre nouveau chez nous, on a les cadres au sol parce qu’on n’a plus vraiment l’énergie pour les accrocher et aussi parce qu’ils sont plutôt pas mal alignés par terre contre le mur du salon.

Dans notre nouveau chez nous, les yuccas prennent le soleil, l’olivier fait des fleurs et le linge sèche au soleil.

Dans notre nouveau chez nous, on a de nouvelles petites manies sans avoir perdu toutes les anciennes.

Dans notre nouveau chez nous, je n’ai pas encore fait de cookies et on frise le scandale.

Dans notre nouveau chez nous, on a réussi à ranger tous les livres. Mais c’est provisoire parce qu’il n’y a déjà plus de place dans le rayon fantasy.

Dans notre nouveau chez nous, il ne reste plus que deux cartons à ranger. L’un attend la livraison du meuble qui doit accueillir son contenu, l’autre attend qu’on ait besoin d’un câble précis qui ne serait pas sur le dessus pour qu’on s’agace, les sépare tous, les classe, et les roule. Mais on n’a pas souvent besoin de câble.

Dans notre nouveau chez nous, on a eu huit ans.

Dans notre nouveau chez nous, j’ai rapporté le dictionnaire des synonymes et contraires le Robert, collection Les Usuels, édition 1996, qui était chez mes parents.

Dans notre nouveau chez nous, il y a un chat gris sur le parking qui fait tourner les enfants en bourrique le dimanche et Savane, une chienne encore jeune et un peu fofolle que son propriétaire reprend à grands éclats de voix.

Dans notre chez nous, on prend un peu notre temps.

Dans notre nouveau chez nous, il fait plutôt doux vivre, et c’est pas mal de se le dire.

Commentaires

1.Une amie de passageRépondre à ce commentaire par Une amie de passage
Le mardi 16 juillet 2013 21:28
mmm (c’est tout, mais c’est pas mal de le dire)

4.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mercredi 17 juillet 2013 11:21
@Une amie de passage : Mais tout à fait.

2.sushiesanRépondre à ce commentaire par sushiesan
Le mercredi 17 juillet 2013 06:53
Et bien je n’aurais qu’une chose à rajouter dans ce cas : Bienvenue dans votre nouveau chez vous et profitez-en bien ! Et puis pour faire dans la phrase toute faite : « il vaut mieux un petit chez soi qu’un grand chez les autres » parce que c’est Notre Chez Nous justement, et qu’on ne peut que s’y sentir bien !!!!

5.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mercredi 17 juillet 2013 11:22
@sushiesan : Surtout qu’il n’est pas si petit, notre chez nous :-D

3.Sacrip’AnneRépondre à ce commentaire par Sacrip'Anne
Le mercredi 17 juillet 2013 09:35
Tiens, en cadeau, un quelque chose qui date du moment où, comme toi, je m’installait « chez nous » (la composition du nous a un peu changé depuis, mais bon. L’idée est là).

http://www.chiboum.net/?post/2005/0…

6.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mercredi 17 juillet 2013 11:24
@Sacrip’Anne : Oula, je ne te lisais pas encore à cette époque ^^ J’aime !

7.AmyRépondre à ce commentaire par Amy
Le jeudi 18 juillet 2013 11:05
Il a l’air très bien, ton nouveau chez toi, et tu as raison, c’est bien de savourer en posant tout ça en mots, pour mieux s’en rendre compte.:)

8.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le vendredi 19 juillet 2013 17:02
@Amy : Puis avec tout ce que j’ai râlé ici, c’est le moins que je puisse faire.

9.NekkonezumiRépondre à ce commentaire par Nekkonezumi
Le samedi 20 juillet 2013 22:43
Ce moment tellement satisfaisant où même si tout n’est pas calé complètement, on sait qu’on a bien fait :-)
Contente pour vous ! :))
10.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le dimanche 21 juillet 2013 15:44
@Nekkonezumi : J’avoue qu’on a encore des moments de panique sur l’aspect financier du genre « mais dans quoi on s’est embarqués !!!! 8-)  » mais ça nous passe :P

La discussion continue ailleurs

Femme-séïsme

 

Pix by Raym5

J’ai lu La Femme qui tremble de Siri Hustvedt.

Romancière, je n’ai rien lu d’elle avant (et je ne sais pas si je le ferai après), elle signe ici un essai. Je suis arrivée à ce livre par échos. Le propos tourne autour de crises de convulsions. Le jour où elle prononce un discours en mémoire de son père décédé, elle est prise de tremblement qui n’affecte en rien sa capacité de parler, de réfléchir, de raisonner. Crises qui se répéteront par la suite. Elle « enquête » sur ce symptôme.

Echos, évidemment. Lors de mes crises d’épilepsie, je peux parler, raisonner, réfléchir. Je suis pleinement lucide et j’interagis. Mes crises sont arrivées aussi comme ça, un jour, sans prévenir.

Echos, donc, à la quatrième de couverture, sur l’idée du livre.

Mais pas au delà des premières pages.

L’ouvrage est un essai et un témoignage, rédigé par une romancière donc avec un petit quelque chose de l’habitude de la fiction. Alternent les passages évoquant son cas personnel et les références. Les grands noms de la psychiatrie, psychologie, neurologie, mais aussi de la philosophie par moment y passent plus ou moins tous. Elle reprend des expériences, présentes des cas étudiés.

Sa réaction à ses crises est d’analyser elle-même ses symptômes. Elle provoque alors un neurologue, un psychiatre et un psychanalyste imaginaires et suppose leurs diagnostiques.

J’ai longuement reporté cette lecture. Je craignais un peu trop d’émotions, ou un remue-du-dedans, une secousse d’échos, je ne sais pas précisément quoi.

Finalement, rien.

Elle a été la base d’une discussion très intéressante avec mon propre psychiatre sur les échos, les points communs les différences. Mais au delà de ça…

J’ai appris pas mal de choses et j’en ai retrouvées beaucoup que je connaissais déjà, notamment grâce à la lecture de La Chambre aux échos de Richard Powers (tiens, encore des échos) – un roman celui-là mais dont l’intrigue nous emmène sur le terrain des capacités étonnantes du cerveau humain et de nos méconnaissances dans ce domaine par moment, lecture conseillée – mais aussi de Freud (si, si, l’air de rien) il y a quelques temps.

Pour ce qui est plus personnel, de l’écho de nos histoires, et bien,pas grand chose. Une fois qu’elle a imaginé les maux possibles, elle les élimine… et décide de ne consulter aucun spécialiste dans l’idée que chacun « tirerait » son diagnostique vers sa discipline (le neurologue verrait une épilepsie, le psychiatre une conversion…) Elle étaye l’argumentation de citations, présentations, vulgarisations de travaux d’éminents spécialistes. Mais c’est « facile » en simplifiant des propos très techniques et des analyses pointues mais surtout en piochant des extraits de faire rentrer tout ce beau monde dans l’argumentaire qui sert.

La 4e de couverture parle de partir à la rencontre de cette « femme qui tremble » mais finalement, on ne la rencontre pas vraiment. On sent une évolution de l’auteur sur le regard qu’elle porte sur elle-même dans les dernières pages du livre. Mais en le reposant, je me suis demandé « Qu’est-ce que j’ai lu ? » Les errances d’une romancière bien calée en neuropsychiatrie et qui joue de ses connaissances ? Un abrégé du petit neuropsy illustré ? Je n’ai pas eu l’impression de lire un parcours personnel. Sans doute parce que c’est ainsi que l’éditeur présente le bouquin mais pas ainsi que ça a été écrit.

Dommage. Ou pas.

J’ai compté : j’ai 55 bouquins sur les étagères à lire (dont 2 mangas et une BD) mais aussi quelques titres ici et là qui appartiennent à l’Homme et dont il refuse que je les aligne avec les autres. L’été sera lecture ou ne sera pas.

Bleu !

 

SAMSUNG DIGITAL CAMERA

Note de haut de page :

– Ce texte est ma participation au 12e jeu d’écriture du blog à 1000 mains d’après une photo de Lily (et avec une touche de Lullaby sans le vouloir)

 

– Bleu !

L’enfant s’est exclamé et montre du doigt le portail de la vieille bâtisse rénovée. Puis, comme pris d’un doute, il la regarde et répète : – Bleu ?

Elle acquiesce de la tête et explique : – Oui, bleu. C’est un portail bleu. Et la maison a des volets bleus.

Elle ne parle pas trop vite et s’oblige à faire des phrases simples. Enfin, quand elle y pense. Ce n’est pas devenu aussi naturel que tenir ce garçonnet par la main. Main qu’il lâche pour aller accrocher les deux siennes aux traverses bleues.

– Beau. Décrit-il en allongeant un peu le son voyelle.

– Oui, tu as raison, c’est beau. C’est un beau parc et une belle maison. Même le portail n’est pas si moche. C’est un bien bel endroit.

Elle s’est approchée de l’enfant qui en profite pour faire froufrouter les pans de sa robe en récitant « Une belle robe » comme appris le matin même.

Elle sourit en pensant à ses potes du bahut. Quand elle leur racontera ça à la rentrée ! Pour une fois, elle va revenir avec autre chose à dépeindre qu’un été pourave dans son village minuscule à geeker en 512k. S’ils ne lui attribuaient pas une mention « Job d’été le plus zarb » ou un truc du genre, elle mangeait ses tongs !

– Dedans !

L’exclamation la prend de court. Ils étaient déjà passés plusieurs fois devant cette maison, il ne s’y était jamais intéressé.

– On ne peut pas entrer, c’est fermé. Puis c’est une propriété privé, c’est chez des gens. On ne peut pas entrer comme ça chez des gens.

Elle a fait attention à ne pas parler trop vite mais elle sait bien qu’au-delà des mots, elle a abordé des notions un peu compliquées pour lui.

– Tu fais quoi cet été ?

– Je fais réservoir.

– Réservoir ? Réservoir de quoi ?

– Réservoir de mots.

Le mec avait fait comme s’il comprenait puis avait changé de sujet. Elle s’en foutait, il lui plaisait pas et il était lourd avec sa drague à deux centimes et un mars. C’était au début de l’été, quand elle ne passait pas encore tout son temps libre avec l’enfant.

Chingis regarde toujours le parc et la maison. Il a cet air indompté et résolu.

– Beau parc. Dedans.

Une affirmation. Même pas une demande d’autorisation. Il a décidé.

Les premiers jours, elle n’avait pas aimé cet enfant. Dans ses vêtements neufs, il s’était tenu bien droit devant elle. Il avait prononcé un « bonjour » poli et sans accent, s’était ensuite gardé sage et patient alors que les « grandes personnes » parlaient par-dessus sa tête de choses qu’il ne comprenait pas.

Elle n’avait pas aimé cet enfant qui se pliait à tout sans sourciller. Elle tapotait le coussin à côté d’elle, il venait s’asseoir. Elle ouvrait la porte, il sortait. Elle tapait dans un ballon, il le lui renvoyait. Pas une initiative, jamais, pas une demande, un sourire terne parfois, jamais un rire. « Je pourrais aussi bien faire la conversation à un chien… Quoique lui, au moins, réclamerait à sortir ou à jouer » s’était-elle surprise à penser.

Elle n’aurait pas dû donner de l’importance de ce manque d’affinité, ce n’était qu’un job d’été après tout, mais voilà qu’alors qu’elle était embauchée pour parler à cet enfant, lui mettre la langue française dans l’oreille et si possible dans la bouche, elle n’avait rien à lui dire. Elle se bornait alors à lire une partie de la montagne de livres dont ses parents adoptifs avaient pourvus sa chambre catalogue et à répéter des banalités du quotidien.

Puis un matin, elle l’avait trouvé perché dans un arbre devant chez lui. Elle l’avait salué, lui avait demandé de descendre et un « Non ! » sonore et ferme était tombé du ciel. Hormis les « bonjour », « merci » et « au revoir » qu’il connaissait avant son arrivée, il ne l’avait jamais gratifié d’un seul mot, malgré tous ceux qu’elle lui avait présentés et voilà que pour sa première interaction articulée, il lui offrait un refus. A cheval sur une fourche branchu, l’enfant plus si sage la toisait.

Sa mère était alors sortie de la maison, confuse. On l’avait trouvé là au petit matin, refusant de descendre, peu importe comment on le lui demandait. Ils avaient essayé dans sa langue, évidemment – c’est pour ça qu’ils l’avaient embauchés, pour son ignorance de toutes langues étrangères qu’elle aurait été tentée d’utiliser avec lui – et même en l’appâtant avec de la nourriture.

Mais il était perché, là, les vêtements sales, les cheveux en bataille et elle avait eu l’impression de le voir pour la première fois.

– Chingis, descends, on va lire un livre, avait-elle tenté.

Il l’avait jaugée puis l’avait bravée : – Non. Toi, viens.

Ce n’était pas une invitation, c’était un défi. « Viens si tu l’oses » aurait-il lancé s’il avait eu le vocabulaire.

Elle avait adoré ça – Ne vous en faites pas Mme Martin, je m’en occupe – et elle été monté dans l’arbre.

Ce jour-là, elle avait parlé sans s’arrêter pendant plus de deux heures. Chingis lui répondait par des gestes, des signes, des expressions, comme il l’avait fait jusqu’ici mais avec entrain, volonté, abondance. Pour la première fois, ils dialoguaient. Elle lui avait alors parlé de son enfance, de ses escapades dans les arbres à elle aussi, elle lui avait expliqué tout le langage de la feuille, de l’écorce, de la branche, elle était allé jusqu’à raconter la graine, le fruit, la bouture et même la photosynthèse.

Ce jour-là, Chingis descendu de l’arbre était devenu « son petit Khan ». Si ses parents s’inquiétaient un peu de voir le garçon s’agiter et manifester des envies, elle se réjouissait de le voir enfin enfant, enfin vivant.

– Veux. Dedans.

– Chingis, on ne peut pas entrer. On n’a pas le droit. Et il n’y a personne, je ne peux même pas demander l’autorisation.

– Mais… Dis. S’il te plait.

Il s’est assis en tailleur face au portail, les yeux se promenant dans le parc où ses pieds ne peuvent aller. « Dis », raconte.

– Qu’est-ce que tu veux que je te raconte ? Une histoire ?

– Non. Maison. Belle maison. Belle parc.

– On dit « un beau parc ».

– Dis, toi, un beau parc. Chats ?

Il a sa bouille à croquer, assoiffée d’histoires et de mots, déterminée à les avoir.

Alors elle s’assied avec lui sans se soucier des gens qui passent et de sa robe qui remonte un peu trop, effaçant déjà les critiques ainsi alimentées sur l’enfant étranger de ce couple étrange et l’adolescente turbulente qu’on lui a choisi comme tutrice, et elle raconte. Elle raconte le parc, la maison, Monsieur et Madame Tourangeaux dont c’est la résidence secondaire, elle donne les noms des fleurs qu’elle reconnait puis alors que son petit Khan farouche se love contre elle en caressant une de ses longues mèches blondes, elle imagine les chats qui rôdent la nuit, elle les invente, elle-même et l’enfant, grimpant à l’arbre qui trône dans l’allée centrale et effrayant les passants qui ne les verraient pas dans les branches touffues, ouvrant les volets, entrant dans la maison, s’asseyant dans de grands fauteuils élégants devant un service à thé en porcelaine de Limoge remplis de limonade, la découverte de Chingis qui aura marqué immanquablement leur été à tous les deux, elle raconte et le soir tombe.

– Beau, conclut Chingis quand elle se tait enfin.

– Qu’est-ce qui est beau ? L’histoire ? La maison ? Mes cheveux ?

L’enfant réfléchit. Il caresse encore une mèche, regarde encore le parc et la bâtisse, fait froufrouter une nouvelle fois la robe, puis, allumant un large sourire, décide :

– Tout !

 

Lu : La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

 

Je me suis donnée sans le vouloir un sacré défi : vous parler de La Horde du Contrevent d’Alain Damasio…

Quand je parle d’un livre, je commence par en faire un résumé, puis je vous donne mon avis, pour ce qu’il vaut.

Résumé La Horde du Contrevent c’est en dire trop ou pas assez. Mon avis, il est perdu dans un vague « c’est ENORME » qui dit beaucoup mais presque rien.

Par quel bout prendre la chose…

J’ai terminé ma lecture mercredi dernier mais ils sont encore tous là. Sov relit un carnet de contre appuyé au mur de mon salon. Tourse et Darbon rassurent leurs rapaces effrayés par le bruit de la rue. Horst et Karst, dans le parking, essaient d’amadouer ce chat gris qui fait tourner en bourrique les enfants de la résidence. Caracole lit par dessus mon épaule mes mots bien maladroits sans rien en commenter. Golgoth gronchonne sur le balcon, il n’aime pas être effermé. Pietro s’est perdu je ne sais où en amabilités et politesses. Steppe discute avec les yuccas, Talweg, Oroshi et Larco tiennent un débat sur les courants aériens dans le lit du Fleuve Sans Eau, Alme fouille dans la pharmacie, Aoi est fascinée par le robinet, au moins tout autant que Callirhoé par les allumettes. Léarch et Silamphre se sont lancés dans la réparation du garde corps côté chambre bleue, Arval repère le voisinage, Firost ne quitte pas le Goth d’une semelle, Coriolis, Sveziest et Barbak, les crocs, sont alignés sur le canapé. Et Erg, surveille tout son petit monde, prêt à intervenir au moindre signe de danger.

Scribe, oiseliers-chasseurs, ailiers, troubadours, traceur, prince, fleuron, géomaître, aéromaître, braconnier du ciel, soigneuse, cueilleuse et sourcière, feuleuse, artisan du métal, artisan du bois, éclaireur, pilier, crocs, combattant protecteur.

Ils sont 23, ils sont la 34e Horde, la Horde du 9e Golgoth. Ils sont partis de l’Extrême Aval il y a 27 ans et ils contrent à destination de l’Extrême Amont.

Comment ça, vous n’y comprenez pas grand chose ? Et le correcteur orthographique qui souligne des mots, feuleuse, aéromaître, géomaître…

Mais si j’explique, je gâche tout ! Bien sûr, un lecteur ne comprendrait qu’à rebours ce que représente le contre de ce furvent et la rencontre avec les chrones. Mais c’est ainsi qu’est fait le livre. Le décor se dessine ici et là, au cœur des chapitres. Qui est la Horde et ce qu’elle fait, on l’apprend touche par touche.

Les 23 membres de la Horde sont les 23 narrateurs. Un symbole indique en début de paragraphe qui parle. Assurément, au début de la lecture on garde un doigt sur la page qui reprend la correspondance entre symboles et personnages mais très vite, on n’en a plus besoin, soit parce qu’on a retenu le signe, la ( de Sov par exemple qui revient si souvent, soit parce que le style ne prête pas au doute.

Du point de vue de l’écriture, c’est une véritable performance. A la lecture, ce n’est déstabilisant que pendant les premières pages. On se prend vite au jeu. Puis le récit avance et on devient inévitablement le 24e membre de la Horde, on contre de toute nos forces, on a notre opinion sur l’Extrême Amont, on donnera notre vie derrière Golgoth…

Puis la richesse de la langue, de l’écriture, le travail, la sueur de l’auteur, discutée par certains mais à laquelle j’ai adhéré de tous mes neurones.

Une lecture qui déstabilise, une lecture qui habite, une lecture qui régale, une lecture qui ne laisse pas indemne, une lecture qui donne aux souffles du vent et à l’Ω un sens qu’ils n’avaient pas, une lecture à ne pas rater.

Commentaires

1.zeldaRépondre à ce commentaire par zelda
Le dimanche 7 juillet 2013 20:08
Tu as la deuxième amie à m’en parler, et c’est donc la totalité des mes amies profs-docs (ben oui, j’en ai deux) qui ne tarissent pas d’éloges sur ce bouquin ! Je l’emprunterai à celle qui habite plus près de chez moi, par contre :P

3.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le dimanche 7 juillet 2013 20:25
@zelda : C’est un livre qu’on m’a prêté donc que j’ai rendu à son heureux propriétaire et ne peux pas prêter. Malheureusement…

5.zeldaRépondre à ce commentaire par zelda
Le dimanche 7 juillet 2013 20:39
@Lizly : (ben oui mais comme j’ai prévu de l’emprunter à ma voisine, tout va bien)

7.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 8 juillet 2013 09:27
@zelda : c’est pour dire que t’avais 2 bonnes raisons ^^

2.zeldaRépondre à ce commentaire par zelda
Le dimanche 7 juillet 2013 20:11
Et la môme qui exceptionnellement regarde l’écran, devient folle « TOTOROOOOOOOOO ! Totoro ! »

4.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le dimanche 7 juillet 2013 20:25
@zelda : Saucisson, bonbons et Totoro. Celle gamine a tout compris à la vraie vie :))

6.ShayaRépondre à ce commentaire par Shaya
Le dimanche 7 juillet 2013 21:15
Bon sang, je meurs d’envie de lire ça tout de suite maintenant!

8.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 8 juillet 2013 11:24
@Shaya : Allez, hop, hop, librairie, on se presse !

9.IpiuRépondre à ce commentaire par Ipiu
Le lundi 8 juillet 2013 21:47
Cela me fait vraiment plaisir de lire ton article sur ce livre trop peu connu qui fait partie de mes préférés.
« La Zone du dehors » est également énorme, en beaucoup plus SF et politisé.
10.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mardi 9 juillet 2013 08:46
@Ipiu : J’ai lu ici ou là que c’était une référence, ce bouquin. En même temps, jusqu’à ce que Le Pion me le mette entre les mains, je n’en avais jamais entendu parler. Pourtant je lis beaucoup de fantasy.
La liste de livres à lire ne cesse de s’allonger ! Merci pour la référence.
11.AmyRépondre à ce commentaire par Amy
Le mardi 9 juillet 2013 13:04
Tu en parles très très bien, merci pour ce joli billet ! C’est le livre préféré du copain, et je le relirais bien.

12.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le mardi 9 juillet 2013 19:54
@Amy : J’avoue que ça n’a pas été facile de faire un post et si tu ne m’avais pas dit que tu l’attendais, j’aurais sans doute jeté l’éponge !

13.AmyRépondre à ce commentaire par Amy
Le samedi 13 juillet 2013 14:56
J’ai bien fait de te le dire, alors.;)

14.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le dimanche 14 juillet 2013 19:44
@Amy : :P

15.AnnaRépondre à ce commentaire par Anna
Le lundi 15 juillet 2013 13:44
Tu sais quoi ? Je viens de regarder, ma BM (Bibliothèque Municipale, pas Belle-Mère, voyons) l’a, et il est dispo. Pourvu que ce soit toujours le cas quand je pourrai passer mercredi !

16.LizlyRépondre à ce commentaire par Lizly
Le lundi 15 juillet 2013 13:50
@Anna : :-D Je multiplie les lecteurs (mon frère la commandé hier à son libraire ^^) (qui est le même que le mien en fait) (en fait, c’est son libraire à la base) (mais au final, c’est surtout Buster Casey) Bref, j’espère que ta BM l’aura !